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Ma bibliothèque - Page 5

  • BELLE RÉCITATION N°19

    05-mai.jpgComme la nostalgie voue une certaine sympathie aux poètes maudits, profitons de ce printemps maussade pour évoquer l’œuvre d’Emmanuel Signoret qui, entre autres trésors de l’imagination, a su trouver des mots souriants pour louer les vertus de la pluie au mois de mai…

    Cet auteur provençal, mort trop jeune — en 1900, à l’âge de vingt-huit ans — pour se faire un nom dans les cercles littéraires parisiens qu’il fréquentait assidument, connut une éphémère gloire posthume grâce à André Gide qui sélectionna un douzaine de ses poèmes dans son Anthologie de la poésie française, publiée en 1949. 

    Ironie suprême d’une notoriété tardive : le recueil de ses Poésies complètes ne fut publié qu’en 1908. Preuve que si la valeur n’attend pas le nombre des années, la reconnaissance oublie parfois le valeureux de son vivant…


    Averse de mai

    Les demeures du jour s’écroulent ; leurs décombres

    Fument sur la montagne. Ah ! quel affreux tison

    Transforme en blocs cendreux de nuages et d’ombres

    Les tempes d’or léger où riait la maison.

     

    Bientôt sur les ormeaux, les rochers, les mers sombres,

    Sur la prairie en fête et la blanche maison,

    Pluie ! on entend sonner ta lyre aux riches nombres

    Dont les cordes sans fin traînent sur l’horizon.

     

    Mais soudain sur ton char aux rayonnantes roues

    Tu t’élances, soleil, tu bondis, tu secoues

    De tes flambeaux mortels la  frayeur et l’amour.

     

    Tes coursiers de la pluie ont gonflé leurs poitrines ;

    Toi, le laurier au front, de tes mains purpurines,

    Riant, tu rebâtis les demeures du jour.

     

    Emmanuel SIGNORET.- Poésies complètes (Paris, Mercure de France éditeur, 1908)

     

    Armand Colin-18.jpg


  • FUTUR ANTÉRIEUR N°5

    An2000-Image.jpgDans les périodes de doute, la nostalgie offre un refuge commode pour se mettre à l’abri de l’anxiété : avec la certitude que « tout était si bien avant », on puise dans le passé de « vraies valeurs », celles que le présent a tant de peine à rappeler à lui.

    Autre échappatoire, plus propice au rêve encore : explorer le futur, avec la secrète intuition de produire du sens, face à un présent qui se dérobe aux explications et surtout aux solutions.

    Alors soudain il paraît sage de se projeter dans ce qui n’est pas encore, sous prétexte qu’il est raisonnable de le prévoir, au nom du développement durable, au nom du redressement productif, au nom des générations futures…  Au nom de toutes ces belles formules à la mode qui œuvrent si bien à fabriquer de la bonne conscience.

    Pendant que la CIA collecte le maximum de données pour deviner comment le monde sera en 2030, le gouvernement français vient d’installer la commission Innovation 2030, une task force qui a pour seule obligation de résultat celle d’être visionnaire, puisque sa mission consiste à repérer les futurs champions industriels dans l’espoir de stimuler la créativité des entreprises.

    En notre XXIe siècle désenchanté, saluons la magie inspiratrice de la science-fiction, même au prix d’un petit numéro d’illusionnisme. Et amusons-nous à croire que nos gouvernants sont capables d’imaginer l’économie de demain alors qu’ils ne savent pas affronter les réalités d’aujourd’hui…

    Preuve que l’anticipation laissera toujours ouverte la porte du rêve, celle que notre enfance ouvrait naguère sur l’an 2000.

    Cf. liens ad hoc —

    http://www.gouvernement.fr/gouvernement/en-direct-des-ministeres/installation-de-la-commission-innovation-2030

    http://lentreprise.lexpress.fr/innovation/hollande-installe-la-commission-innovation-2030_40194.html

    Maison-An2000.jpg

     Source : Album du Chocolat Aiglon - L'An 2000 (1953) Illustrateur : Léon Goetgeluck


    ARRÊT SUR IMAGE —

    Sa façade est d’un jaune jonquille qui ferait injure à nos plans locaux d’urbanisme. Elle est ronde parce qu’elle est giratoire de façon à suivre le mouvement du soleil. Elle offre en terrasse un splendide solarium sous cloche, paradis hédoniste du propriétaire heureux qui aime se coincer la bulle : si la maison de l’an 2000 n’existe pas encore, admettons que l’imaginaire des années cinquante n’a pas son pareil pour nous faire rêver. Exposition d’un confort un rien ostentatoire, ambiance de sereine insouciance, invention d’un bien-être complice de futilité : tout ce que 2013 ne permet plus… Raison de plus de sourire à ce paradis promis et perdu.


     


     

     

  • BELLE RÉCITATION N°18

    saison,printemps,joseph michaud,académie française,léo ferré,manuels scolairesComme la nostalgie abonde de souvenirs, de références, de comparaisons pour démontrer qu’il n’y a « plus de saisons », empressons-nous de la prendre au mot en saluant l’arrivée tardive du printemps !

    Exhumons de nos vieux manuels scolaires une belle récitation écrite par un poète noblement engagé, historien oublié, membre très discret, — parmi tant d’autres méconnus —, de l’Académie française.

    Et mettons en musique la saison nouvelle sous la mélodie légère,  — un rien goguenarde —, de l’éternel Léo Ferré…

     

    Le printemps

    Déjà les nuits d’hiver, moins tristes et moins sombres,

    Par degré de la terre ont éloigné leurs ombres,

    Et l’astre des saisons, marchant d’un pas égal,

    Rend au jour moins tardif son éclat matinal.

    Avril a réveillé l’aurore paresseuse ;

    Et les enfants du nord, dans leur fuite orageuse,

    Sur la cime des monts ont porté les frimas.

    Le beau soleil de mai, levé sur nos climats,

    Féconde les sillons, rajeunit les bocages,

    Et de l’hiver oisif affranchit ces rivages.

    La sève emprisonnée en ses étroits canaux,

    S’élève, se déploie, et s’allonge en rameaux ;

    La colline a repris sa robe de verdure ;

    J’y cherche le ruisseau, dont j’entends le murmure ;

    Dans ces buissons épais, sous ces arbres touffus,

    J’écoute les oiseaux, mais je ne les vois plus.

    Des pâles peupliers la famille nombreuse,

    Le saule ami de l’onde, et la ronce épineuse,

    Croissent au bord du fleuve, en longs groupes rangés :

    Dans leur feuillage épais les zéphyrs engagés

    Soulèvent les rameaux, et leur troupe captive

    D’un doux frémissement fait retentir la rive.

    Le serpolet fleurit sur les monts odorants ;

    Le jardin voit blanchir le lis, roi du printemps ;

    L’or brillant du genêt couvre l’humble bruyère ;

    Le pavot, dans les champs, lève sa tête altière ;

    L’épi cher à Cérès, sur sa tige élancé,

    Cache l’or des moissons dans son sein hérissé ;

    Et l’aimable espérance, à la terre rendue,

    Sur un trône de fleurs du ciel est descendue.

     Joseph MICHAUD

     

    Joseph-Michaud.jpegMICHAUD (1768-1846) nous a laissé un grand nombre de productions qui portent toutes le cachet d’un grand écrivain. Son Histoire des Croisades est un des plus beaux monuments historiques que nous possédions. Michaud fut membre de l’Académie.

    Cf. lien ad hoc — http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/joseph-michaud

    In ANDRÉ (M. Ph.) — Trésor de la Jeunesse — Nouveau recueil de morceaux choisis en vers et en proses (Paris, Librairie classique de F.E. André-Guédon Éditeur, 8e édition, 1879)

     

      

    Printemps-.jpg

     Source : GODIER (A.) & MOREAU (M. et Mme S.) — Premier livre de leçons de choses – Exercices d’observation —cours élémentaire —

    (Paris, Fernand Nathan éditeur, 1954)



    LEO FERRE - C'est le printemps / La solitude par l0ve_0n_the_beat