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BAS LES MASQUES ! (3/7)

Masque-3A.jpgSuite de notre feuilleton sanitaire. Là où Irénée, notre caissière-philosophe, s’indigne de la désinvolture de celles et ceux qui portent le masque sans le mettre, ou qui le mettent sans le porter. Tout un programme…

Après « Le masque protège », savourez l’ÉPISODE 3 : « Le masque interroge ».

Le masque interroge

Je porte le masque contrainte et forcée, uniquement quand cela est spécifié. Mais je n'en peux plus de voir les gens avec le masque autour de la nuque, sur le menton, sous le nez, etc.  Sous le nez, c’est quand même le plus courant, le plus cocasse aussi. Je me souviens de ce dessin humoristique punaisé sur le mur de la salle d’attente, chez mon médecin traitant. Une tête à la toto affublée d’un masque rouge qui pend sous le nez. Juste à côté, une verge à l’air, longue et flasque, qui pend d’un slip rouge baissé. Comparaison grivoise de deux appendices obscènes : un pif sans son masque, une bite sans son slip. Vulgarité évocatrice ou évocation vulgaire ? Dessin de mauvais goût pour leçon percutante : à quoi bon porter un masque sans recouvrir son nez ? à quoi bon porter un slip sans ranger sa verge ? Côté appendices, comparaison devient raison. Face au virus, planquer son nez procède d’une courtoisie salutaire, comme planquer son phallus relève d’une décence élémentaire. Et la courtoisie vaut injonction tacite. J’en veux pour preuve les regards de travers quand, — tête de linotte que vous êtes —, vous avez le malheur de ne pas dégainer le masque assez vite.

Mais que vous disent-ils ces regards de travers ? Que vous êtes inconsciente ? Que vous êtes désobéissante ? Que vous êtes dangereuse ? Et d’abord que savent-ils du masque, tous ces visages qui vous dévisagent de leurs yeux ronds ou de leurs sourcils froissés ? Oui, que savent-ils du masque, en dehors du masque chirurgical ? Bien sûr, ils ont conscience de lutter contre la propagation du virus. Mais que connaissent-ils, au juste, des pouvoirs secrets que recèle cet accessoire de dissimulation ?

Moi, la caissière-philosophe, je pourrais leur en apprendre de belles histoires autour du masque. Mais je sais qu’ils ne sont pas prêts à m’entendre, parce que je porte une blouse de caissière, parce que je ne suis pas payée pour les distraire, parce que je suis une humble prolétaire.

Voilà pourquoi j’ai choisi d’écrire tout ce que j’aurais tant aimé leur dire, dans ce journal qu’ils ne liront sans doute jamais. Alors je me fais plaisir. Je joue à me rassurer en cherchant le vrai sens du masque, au-delà de sa vocation hygiénique.

J’ai beaucoup lu, beaucoup réfléchi, beaucoup pesé le  pour et le contre de cette muselière qui libère autant qu’elle enferme. Oui, le masque affranchit autant qu’il asservit. Il suffit de revisiter notre patrimoine littéraire pour nous en convaincre.

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Commentaires

  • Lever le masque.
    Tel est le titre du troisième point ( pp 31-37) du Prélude d'un essai d'Adeline BALDACCHINO intitulé LA FERME DES ÉNARQUES, publié en 2015 chez Michalon.
    C'est un peu plus loin, à la page 39, que la notion du masque des énarques est développée :
    " J'émets en effet ici une hypothèse,selon laquelle ce loup trop collant, ce filtre qui aveugle la pupille, cette cagoule censée protéger du réel tout en le recouvrant, constituent très largement le produit d'une idéologie portée par les grandes écoles de la République : celle du renoncement à la pensée par soi-même et pour soi-même, qui enfante l'obéissance lâche mais confortable, engendrant à son tour un culte subtil, implicite mais particulièrement effectif, de l’indécision et de la procrastination. "
    Où est le rapport avec notre caissière philosophe ?
    Euh, il semble que pour une caissière qui n'a pas de temps à perdre et doit enregistrer les articles qui défilent sur le tapis, elle observe le réel dans ses moindres détails et elle pense par elle-même au lieu de se contenter d'idées reçues évitant l'effort de réfléchir...
    Louable et surprenant effort pour une caissière. Ne pas se fier aux apparences...

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