08 mai 2008
LIVRE DÉLICIEUX N°6
La nostalgie supporte-t-elle le matraquage ? L’avalanche d’articles et d’ouvrages commémorant Mai 1968 nous « interpelle quelque part au niveau du vécu », comme diraient les anciens combattants de ce printemps vraiment pas comme les autres.
Ceux qui ne l’ont pas vécu se plaisent à idéaliser la « révolution » de la jeunesse embourgeoisée des Trente Glorieuses.
Ceux qui y ont pris part s’inventent une « conscience citoyenne », préparant la France au crépuscule du gaullisme historique. Autant de miroirs qui renvoient aujourd’hui les images d’un folklore pathétique, dont les honnêtes historiens peinent à trouver le sens.
Faut-il alors « commémorer » Mai 1968 ? Assurément le verbe est trop beau. Ni grandeur ni douleur nationale dans ce feuilleton seventies. Laissons à la Victoire du 8 mai 1945 l’honneur de la mémoire.
Pour autant, Mai 1968 réveille à notre esprit une sympathique créativité imaginative, peuplée de « slogans », devenus aujourd’hui vestiges d’une « parole libérée ».
Des slogans nourris d’une solide culture philosophique, pétrie d’humour subtil, en rien comparables avec les « tags ethniques », dénués de sens, qui souillent impunément les murs de nos villes.
Le LIVRE que j’ai le plaisir de vous présenter cette semaine eut la bonne idée de vouloir restituer à chaud la mémoire de cette « démocratie de la rature » aux allures libertaires, mais combien élitiste, à en juger le niveau bac + 15 de certains graffitis…
EXTRAIT :
« Le grafitti en soi devenait liberté. Et combien de sincères ont écrits « je n’ai rien à écrire » : ils n’étaient pas naïfs. Ils ont crié pour se « sentir avec ».
Célébration d’un anonymat qui participe. Ceux qui ont cité n’ont pas signé, annexant l’auteur aux circonstances.
Mais ces cris, au clou sur la craie, à la chaux sur le parpaing et à l’encre sur le papier, niant la politique, contestant la philosophie, l’esthétique, la poésie, ont créé. Forum vertical, démocratie de la rature : les rajouts, les réponses instituaient un dialogue.
Déjà les lessivages blancs de juin écrasent à plat les pamphlets noirs et rouges de mai : on repeint.
Pour la première fois sans doute, un monument historique n’avait pas prétention de l’être.
Les dissonances et les discussions, monument éphémère d’un printemps, auraient disparu…
Ces murs aux grandes oreilles, qui revendiquaient la parole, n’auraient plus eu d’yeux ? Pourquoi ?
D’où ce recueil. »
Source : Journal mural Mai 1968 - Sorbonne, Odéon, Nanterre, etc… -
Les murs ont la parole…
Citations recueillies par Julien Besançon
(Paris, Tchou éditeur, juin 1968, 17,5 cm sur 11,5 cm, 182 pages)

« Je ne pense pas qu’il faille attacher
plus d’importance que cela n’en vaut la peine à quelques enragés. »
Alain Peyrefitte - Extrait d’un discours 3 mai 1968
13:20 Publié dans Ma bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mai 68
19 avril 2008
ACTU ET NOSTALGIE N°2
La nostalgie peut-elle être malsaine ?
La question nous vient à l’esprit au détour de la (vaine) polémique que de beaux esprits agitent au sujet de l’exposition « Les Parisiens sous l’Occupation » qui nous présente des photographies inédites, et en couleurs, d’André Zucca, correspondant de guerre, requis par les Allemands pour mettre son talent au service du magazine de propagande Signal, le Paris-Match de l’époque, version gentiment nazie.
Pour le magazine L’Express, paru le 17 avril, ces clichés « auraient peut-être mérité d’être présentés avec plus de pincettes ». Une réserve prudente qui sent bon le « politiquement correct ». Comme si l’esthétisme de ces photos devait nous donner mauvaise conscience. Comme si la nostalgie pouvait receler des charmes honteux, que la sentencieuse Histoire aurait le devoir de dénoncer.
Cette fresque de la vie parisienne sous l’Occupation fut réalisée, bien sûr, pour séduire et rassurer. Et aujourd’hui encore, la magie opère : les rues de la Capitale baignent de soleil, l’air semble léger, l’ambiance sereine, les femmes élégantes, les Allemands souriants. Bref, rien à voir avec les « années noires » que cultive notre mémoire collective, engoncée dans une révérencieuse compassion.
Mémoire collective, mémoire sélective ? Nous « qui ne pouvons juger parce que n’avons pas connu cette époque », comme aimaient le répéter nos parents pour nous clouer le bec, nous pouvons seulement nous souvenir de ce qu’on a bien voulu jadis nous enseigner.
Dans les livres d’école, le tableau de « la France occupée » (Cf extrait ci-dessous) nous présentait un tout autre décor, où le chaos le disputait à l’abattement. Version gentiment républicaine, auréolée par le sublime dénouement de la Libération de Paris, à la gloire de ceux qui ont choisi le sursaut contre la résignation.
Les générations passent, l’Histoire officielle trépasse. Et la Vérité triomphe peu à peu avec son long cortège de nuances que célèbre à merveille l’irénisme à la française. Certes « on ne vivait pas bien sous l’Occupation », mais « il fallait bien vivre quand même »… Et grâce à l’étrange résonance de ce « quand même », ponctué de dépit ou de fatalisme, on comprend aujourd’hui qu’il est indécent de juger.
Conjuguer nostalgie et pédagogie, n’est-ce pas tout ce qu’on demande à une belle exposition ? Remercions alors l’artiste André Zucca pour s’être si bien dévoué à l’Alllemagne nazie. Sans lui, dans notre imaginaire, Paris occupée serait vraiment trop grise…
Pour en savoir plus :
http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=145&document_type_id=2&document_id=50952&portlet_id=11706
Source : AUDRI (E.) & DECHAPPE (M. & L.) – Histoire de France – Images et récits –
(Limoges, Charles-Lavauzelle et Cie éditeur, 1968)
Source : GAUTROT LACOURT (J.) & GOZÉ (E.)- Premier livre d’Histoire de France
(Paris, Éditions Bourrelier, 1953)
16:22 Publié dans Mon humble avis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : paris occupée
11 avril 2008
BLOG VILLAGEOIS N°1
Cette semaine, HONNEUR à celui qui m’a inspiré cette chronique : Michel VIALATTE, auteur et chroniqueur du blog « VSD, le Village », alias Villiers-Saint-Denis, situé dans le département de l’Aisne, « en Brie Champenoise, terre de vignoble et d’histoire, à 70 kilomètres de Paris », prend-il soin de préciser à l’attention spéciale des incorrigibles « Panamocentriques » !
VSD… L’abréviation laisserait flotter comme un air de week-end, un rien désinvolte et futile. Mais les bons esprits qui soufflent sur le clocher de ce charmant village ne veillent pas seulement trois jours par semaine. Parce qu’il y a trop à dire…
Ici, on explore le passé. On sort de l’oubli des contes, des légendes, des poèmes à la façon d’un petit inventaire du patrimoine culturel, sans prétention, mais avec beaucoup d’application.
Là, on triture le présent. Entre libres opinions, indiscrétions et notes de lecture, on échange. On s’exprime. On se lâche aussi. Avec courtoisie. Sans un mot plus haut que l’autre… Un forum de village comme nous les aimons : vivant, civilisé, spontané. Comme tous les blogs rêvent d’en créer. Une prouesse difficile à imiter. Signature d’un talent aussi prolixe que discret…
http://v-s-d-le-village.over-blog.com
21:13 Publié dans Mes sites en vogue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : village







