10 novembre 2009
IDENTITÉ FRANÇAISE N°1
La nostalgie serait-elle subversive ? La question vient naturellement à l'esprit lorsqu'on prête attention au grand débat sur « l'identité nationale » que le gouvernement vient de lancer.
L'intitulé et le contenu de la question posée — « qu'est-ce qu'être Français ? » — semblent indisposer les belles consciences abonnées des plateaux de télévision. Curieuse posture à la mode de chez nous : comme si la dictature intellectuelle de la « diversité », traduction moderne du cosmopolitisme, rendait indécente cette initiative ministérielle.
Si la question dérange, sans doute est-ce tout simplement parce que la réponse ne va plus de soi.
Pire encore, le fait que le gouvernement s'empare du débat signerait-il la capitulation en rase campagne de la pédagogie républicaine qui osait jadis inculquer aux écoliers les qualités substantielles de la citoyenneté française ?
À l'exemple du livre que je vous présente aujourd'hui, le marché de l'édition de la fin du XIXe siècle rivalisait d'imagination pour mettre en scène l'identité française, à une époque où la fragile République osait revendiquer ses valeurs fondatrices.
« Tu seras citoyen », écrit pas un certain Émile Ganneron, secrétaire rédacteur au Sénat ( !), est un roman scolaire qui, en digne précurseur du « story-telling », met en scène les droits et les devoirs du citoyen, au fil d'anecdotes les plus banales de la vie quotidienne.
Imaginons que ce livre circule aujourd'hui dans les écoles primaires du XXIe siècle : quel concert d'indignation ne soulèverait-il pas parmi les beaux esprits ?!
Alors juste pour le plaisir de les agacer un peu plus, inaugurons cette nouvelle rubrique qui s'amusera à distiller des vérités fondamentales qui, d'un siècle à l'autre, ont forgé notre identité nationale. Même si, aujourd'hui, cela ne semble pas plaire à tout le monde...

EXTRAIT —
« De nombreux et d'excellents ouvrages racontent les belles actions des grands citoyens qui se sont illustrés en se dévouant à leur patrie, en se sacrifiant pour elle. Nous avons voulu monter qu'à côté de ces hommes exceptionnels devant lesquels chacun s'incline, il y a place dans une nation pour des citoyens plus modestes qui, en accomplissant leurs devoirs avec zèle et avec fidélité, rendent de si éminents services à la société. C'est du nombre de ces citoyens que dépendent la grandeur et la prospérité d'un pays et nous serions bien récompensés de nous efforts si la lecture de notre livre pouvait réussir à l'augmenter dans notre France bien-aimée. »
Source : GANNERON (Émile) - Tu seras Citoyen - Livre de lecture sur les droits et les devoirs du citoyen - cours moyen et cours complémentaire - (Paris, Armand Colin et Cie éditeurs, s.d., vers 1910)

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07 juillet 2009
RAVISSANTE RÉCITATION N°8
Sous le charme d’une fable, nostalgie et poésie font cause commune pour donner à la vertu un semblant d’éternité.
Mieux que tout autre, Florian savait conjuguer malice et moralité, comme l’illustre cette fable méconnue, à la gloire de la posture exemplaire dont un prince digne de ce nom ne doit jamais se départir.
En toute chose, à l’endroit de ses sujets, il doit savoir se priver, se retenir, se contenir : une vérité monarchique qui vaut aussi en République.
Pour le cas où le doute nous gagnerait, employons-nous à promouvoir dans les écoles cette récitation hautement républicaine…
Le roi de Perse
Un roi de Perse, certain jour,
Chassait avec toute sa cour ;
Il eut soif, et dans cette plaine
On ne trouvait point de fontaine.
Près de là seulement était un grand jardin,
Rempli de beaux cédrats, d’oranges, de raisin.
« À Dieu ne plaise que j’en mange !
Dit le Roi, ce jardin courrait trop de danger :
Si je me permettais d’y cueillir une orange,
Mes vizirs aussitôt mangeraient le verger. »
FLORIAN

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04 mai 2009
ACTU ET NOSTALGIE N°8
Pourquoi la nostalgie n'est-elle pas à son aise avec la commémoration du Jour de la Victoire, le 8 mai 1945 ?
Cette question affective est d'autant plus pertinente que nos manuels scolaires de la décennie 1960, - parmi les rares qui osent un commentaire - semblent plutôt maladroits à cet endroit.
La leçon d'histoire ci-dessous, extraite d'un manuel publié en 1968, en offre une caricature saisissante. Ses trois auteurs se compromettent à laisser passer deux lapsus calami, impardonnables pour des pédagogues.
- Le 8 mai 1945, célèbre un acte de capitulation, et non d'armistice. La nuance, sur le plan conventionnel, est pourtant lourde de sens...
- La capitulation rémoise est réputée signée le 7 mai (et non le 8), comme l'atteste une publication officielle du ministère de la Défense : « Le 7 mai 1945, à 2h41, l'acte de capitulation allemande est signé à Reims. Les combats doivent cesser le 8mai à 23h01. La nouvelle est communiquée officiellement le 8 mai à 15h00. Le lendemain, 9 mai, à 0h16, la capitulation générale est signée à Berlin. En effet, les Soviétiques, maîtres de la ville depuis le 2 mai, estiment que la capitulation de Reims n'est qu'un acte préliminaire. »
EXTRAIT - « La lutte se poursuit en France jusqu'à l'armistice signé à Reims le 8 mai 1945. La guerre a fait des milliers de morts et couvert le monde de ruines. La France entreprend sans retard la reconstruction. »
Source : PERONNE (É.), BALLOT (M.), MARC (G.) - Nouveau livre d'histoire de France - cours élémentaire 1ère et 2e année - (Paris, Librairie Armand Colin, 1968)

LES ATERMOIEMENTS LARMOYANTS DU 8 MAI
Les manuels scolaires évitent d'associer ce VED (Victory Europe Day, selon l'acronyme américain) à une fête nationale. On ne peut vraiment leur en tenir rigueur tant les gesticulations politiques ont brouillé la valeur symbolique du 8 mai. Il suffit pour s'en convaincre de restituer la laborieuse chronologie officielle de cette fête ballottée au gré des humeurs du temps...
1946 - Premier anniversaire de la commémoration de l'armistice : le gouvernement français décide de repousser la célébration de la victoire au dimanche 12 mai pour ne pas retarder l'effort de production par un jour férié supplémentaire. Parce que la priorité est alors à la reconstruction nationale.
1948 - Le ministre des anciens combattants de l'époque, - un certain François Mitterrand qui fut, cinq ans auparavant, en avril 1943, décoré de la Francisque en « récompense des services rendus à l'Etat français », et qui cultivera longtemps de solides amitiés collaborationnistes (sourire) - confirme la célébration du 8 mai 1945 et le caractère non férié de cette date, pour assurer la continuité dans l'effort de production.
1951 - le gouvernement décide de célébrer le 8 mi 1945 sans attendre le dimanche suivant, comme il était pourtant convenu depuis 1946.
1953 - La loi du 20 mars 1953 érige le 8 mai en jour férié, sous la pression des associations d'anciens combattants.
1959 - Les sous-entendus atlantistes de la commémoration de la victoire alliée semblent indisposer le général de Gaulle. Un décret du 11 avril 1959 désacralise le 8 mai : ce jour n'est plus férié. La Victoire du 8 mai 1945 est désormais célébrée le deuxième dimanche du mois. Colère des associations d'anciens combattants.
1965 - Pour marquer le vingtième anniversaire de la capitulation allemande, le gouvernement de Georges Pompidou décide de rétablir exceptionnellement le jour férié le 8 mai.
1968 - Le 8 mai est rétabli la date officielle de la célébration de la victoire alliée - plutôt que le deuxième dimanche du mois - mais ce jour n'est pas férié.
1975 - Trentième anniversaire de la commémoration du 8 mai 1945. Sous prétexte de « construction européenne », pour flatter « l'axe Paris-Bonn », le président Valéry Giscard d'Estaing décide de supprimer la commémoration de la victoire alliée au motif de la réconciliation franco-allemande. Peut-être parce qu'il fallait déjà « tout oublier » ?!
1981 - François Mitterrand, nouveau président de la République, expie son « passé vichyste » : il rétablit la commémoration du 8 mai 1945 en jour férié. La France est, depuis 1981, le seul pays qui commémore par un jour férié et chômé le 8 mai 1945.Ni les Anglais, ni les Américains ne chôment le 8 mai alors qu'ils auraient les meilleures raisons du monde de commémorer cet anniversaire.
1988 - Une loi du 23 septembre 1988 consacre le 8 mai en jour férié, censé désormais célébrer « la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Parce que le mot Victoire n'est plus politiquement correct. Et parce qu'il faut (presque) tout oublier...
2009 - Autour de la Place de l'Étoile, la France d'en-haut fait semblant de se souvenir. Et la France d'en-bas savoure « le pont du 8 mai ». Et tout le monde est heureux... Et tout ça, ça fait d'excellents Français... comme avant quarante !
Comme quoi la nostalgie, ce n'est pas toujours triste !

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23 mars 2009
RAVISSANTE RÉCITATION N°7
Parce que la nostalgie épouse le rythme des saisons, n'oublions pas de saluer le retour du printemps.
Bientôt, déjà, enfin les « beaux jours » ? Comme la nostalgie, ces adverbes sont aussi de tempérament.
Mieux encore, les synonymes « de saison » sont riches d'espérance : renaissance, renouveau, réveil de la nature.
Ce poème de Théophile Gautier réussit, comme nul autre pareil, à mettre des parfums, des sons, des couleurs entre les mots...
Juste assez de quoi sourire au printemps, en attendant d'en savourer le spectacle, à la ville comme à la campagne.
PREMIER SOURIRE DU PRINTEMPS
Tandis qu'à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.
Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement, lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d'or.
Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier.
La Nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.
Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neige
Et les violettes aux bois.
Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachée, il égrène
Les grelots d'argent du muguet.
Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.
Puis, lorsque sa besogne est faite
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête
Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »
Théophile GAUTIER.- Émaux et camées (Paris, Eugène Fasquelle éditeur, 1928)

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18 mars 2009
STÉRÉOTYPE SCOLAIRE N°2
Sous le sourire moqueur de la nostalgie, avec le recul du temps, le stéréotype scolaire transporte une belle dose d'humour.
Observons l'image ci-dessous : ambiance traditionnelle de ces « maudits dimanches » de jadis, où les « obligations familiales » le disputaient si bien à l'ennui provincial. Les enfants ont le maintien correct. Les grands-parents, les pieds sous la table, savourent goulûment l'hospitalité de leur gentil fils adoré. D'un air goguenard, Papa contrôle l'intendance. Maman, parée de l'affreux tablier domestique, reste debout pour servir bien sûr... Rassurante répartition des rôles, encore dans l'air du temps des années soixante-dix.
Lisons le texte à présent : le grand-père est sentencieux. Les enfants sont capricieux, presque tête-à-claque. Papa accomplit les gestes du rite dominical : il distribue le pain et découpe le rôti. Maman, elle, disparaît du récit, comme si, soudain, une fois son devoir accompli, elle devenait transparente. C'est vrai, ça se passait souvent comme ça les dimanches d'autrefois.
Aujourd'hui, on en rit de bon cœur, parce qu'on prend un malin plaisir à les fuir...
EXTRAIT -
Grand-père sourit à Paul : « Si tu veux du gâteau, mange d'abord ta soupe. Elle est très bonne ». Tout le monde dit que la soupe est bonne. Mais Paul n'aime pas la soupe. Il préfère le gâteau. Que faire à cela ? Aline trouve la sienne trop chaude. Elle attend qu'elle refroidisse. Papa encourage bébé qui mange tout seul. Mais il ne tient pas bien sa cuiller.
Après la soupe, Papa coupera et distribuera le pain. Puis il découpera le rôti. Paul aime bien le rôti mais avec très peu de pommes de terre. Aline dit qu'elle ne veut pas de salade. La gourmande lorgne l'ananas qui trône au milieu de la coupe de fruits.
Un délicieux repas ! Quel dessert succulent !
Source : AGEORGES (J.) & ANCOMBRE (J.) - Le Français par l'usage (Saint-Germain-en-Laye, Éditions MDI, 1967)

21:26 Publié dans Ma bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dimanche
05 mars 2009
ACTU ET NOSTALGIE N°7
La nostalgie oserait-elle faire du mauvais esprit ?
La question n’est pas incongrue depuis que nos anciennes colonies des Caraïbes s’emploient à nous donner mauvaise conscience.
Puisque « nos Antilles » sont à la mode, côté exotisme social ou assistanat exotique – selon notre lecture de l’actualité – je ne résiste pas au plaisir de vous proposer une petite leçon de géographie à la gloire de nos lointaines colonies.
Un petit extrait de la préface permet d’apprécier le ton de la démonstration.
Et le corpus de la leçon nous permet de découvrir les spécificités de ces deux îles, déjà consacrées en 1900 comme de « véritables départements français »…
PRÉFACE —
« Développer l’intelligence est bien, former le caractère est mieux. Tout en montrant à nos fils une source nouvelle d’activité, d’énergie, nous avons pris soin de les mettre en garde contre un égoïsme brutal qui fait bon marché des droits d’autrui. Nous n’avons eu qu’à leur rappeler notre tradition nationale : bonté envers les faibles, justice dans nos rapports avec les autres peuples, spécialement avec les indigences de nos colonies. »
LEÇON —
La Martinique a une sœur : la Guadeloupe. Les deux îles ont le même climat, les mêmes cultures, les mêmes habitants ; elles ont eu les mêmes destinées.
La Guadeloupe se compose de deux îles, à peine séparées par un détroit pas plus large qu’une rivière. L’une, la Guadeloupe, proprement dite, à l’ouest, est très montagneuse, abrupte, et ses sommets dépassent 1.400 mètres : ce sont, pour la plupart, des volcans. L’autre île, la Grande-Terre, est calcaire, plate, sa plus haute cime n’a pas 120 mètres !
Toutes deux sont bien cultivées. Mais, tandis qu’à la Guadeloupe, trop montagneuse, les plantations n’occupent guère que le littoral, à la Grande-Terre, l’intérieur est couvert de vastes champs de cannes dont le sucre est expédiés à Pointe-à-Pitre, un des plus beaux ports des Antilles, et, de là, en Europe.
La Pointe-à-Pitre a subi bien des désastres dont un seul eût suffi pour détruire à jamais une ville moins bien située et moins active. Successivement renversée par un tremblement de terre, détruite de fond en comble par des incendies, ravagée par les ouragans, elle s’est toujours relevée, et, au lendemain de chaque catastrophe, elle est encore si vivante, si coquette, qu’on ne peut croire à ses malheurs passés.
Comme la Martinique, la Guadeloupe est surpeuplée. Ces deux îles sont de véritables départements français où il n’y a plus place pour de nouveaux colons.
Source : JOSSET (E.) – À travers nos colonies – Livre de lectures sur l’histoire, la géographie , les sciences et la morale – cours moyen et supérieur – (Paris, Librairie Armand Colin, 3ème édition, 1903)

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08 février 2009
STÉRÉOTYPE SCOLAIRE N°1
La nostalgie ne se plairait-elle pas à entretenir les stéréotypes ?
La question revient périodiquement au gré des savantes recherches qu’affectionnent de gentils pédagogues en mal de procès en sorcellerie.
Pour inaugurer cette NOUVELLE RUBRIQUE, jetons un regard nostalgique – et non moins humoristique – sur la « représentation des hommes et des femmes dans les livres scolaires », celle qui indigne tant les clercs adeptes du « pédagogiquement correct »…
De brillantes synthèses ont déjà dressé l’histoire mouvementée de cette querelle d’experts, cherchant à tout prix à faire cohabiter la chèvre et le chou, entre respect d’une éthique pédagogique et liberté du marché éditorial.
Difficile dès lors de verser de nouveaux éléments à ce lourd dossier. Donnons-lui simplement un peu de légèreté en extirpant ces savoureuses pages de jadis qui cultivent des sous-entendus aussi navrants que tenaces. Juste pour le plaisir de redécouvrir les « schémas sexistes » de nos parents et grands-parents…
À l’exemple de ce jeu de dînette tout à la gloire d’une belle vocation : « maîtresse de maison », respectueuse panoplie de la « femme au fourneau ».
EXTRAIT –
La tante de Jeannette lui a donné de petits meubles de poupée et une batterie de cuisine.
Jeannette est très contente ; elle a invité Léa, son amie, à venir jouer avec elle.
Jeannette montre à Léa ses chaises, sa petite table, son guéridon, son armoire à glace et le lit où elle a couché Josette, sa poupée.
Elle lui montre aussi ses assiettes, ses tasses, ses plats, et son fourneau.
Puis les deux fillettes jouent.
Jeannette est la maîtresse de maison. Léa vient en visite.
Source : PÉROCHON (Ernest) – Au point du jour – Premier livre de lecture courante
(Paris, Librairie Delagrave, 1959, 16 sur 22 cm, 127 pages)

Deux sources pour éclairer votre opinion sur le sujet :
- Une question écrite d’un sénateur au Ministre de l’Éducation nationale
http://www.senat.fr/questions/base/1997/qSEQ970701417.html
- Une étude exhaustive : « Les manuels de lecture de CP sont-ils encore sexistes ? »
http://www.congresintaref.org/actes_pdf/AREF2007_Christin...
13:18 Publié dans Ma bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sexisme
01 février 2009
BEAU LIVRE D'ÉCOLE N°16
La nostalgie suffirait-elle à abolir la « lutte des classes » ?
Il est permis de le croire grâce au « beau livre rare » que j’ai le plaisir de vous présenter aujourd’hui.
Sur une trame similaire à celle de l’inoxydable « Tour de la France par deux enfants » — un voyage initiatique de deux enfants à travers l’hexagone — la morale républicaine s’en donne à cœur joie : l’instruction et le mérite ont raison des différences sociales. La « méritocratie » transcende désormais toutes les « inégalités », et devient l’arbitre impartial des talents individuels.
Trop angélique ? Trop moraliste ? Trop libéral ? Ce message peine, aujourd’hui, à se faire entendre dans notre République complaisante qui, au nom de la paix civile, se plaît à confondre égalitarisme, égalité des chances et « discrimination positive ».
Preuve par l’absurde : quel éditeur scolaire oserait aujourd’hui choisir ce titre provocateur — « Riche et Pauvre » — pour un livre de lecture courante ?
EXTRAIT –
« L’histoire est simple. C’est celle de deux petits garçons qui comblent par l’amitié et le dévouement mutuel la distance que semblait avoir mise entre eux la fortune. C’est qu’en réalité les rangs sociaux n’existent plus. Il n’y a plus, à proprement parler, de « classes ». Chacun peut sortir de sa condition première, s’élever – ou s’abaisser – suivant son mérite. C’est affaire d’instruction et de volonté. Paul Le Carpentier, Pierre Couvreur, le soi-disant « riche » et le soi-disant « pauvre » sont tous deux riches de bons sentiments, d’énergie, de moralité. Aussi peuvent-ils, l’un comme l’autre, braver les accidents de la fortune, et parvenir enfin au même bonheur, à la même utilité sociale, en demeurant toujours fraternellement unis, en exposant à l’occasion leur vie l’un pour l’autre. Ce sont de bons citoyens et d’excellents petits Français. »
Source : ROCHEBLAVE (S.) – Riche et Pauvre – Livre de lecture courante – cours moyen et supérieur -
(Paris, Librairie Larousse, s.d., 11,5 sur 18 cm, 270 pages)


00:53 Publié dans Ma bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : riche & pauvre
12 janvier 2009
CLEF DU BONHEUR N°1
Oublions un peu le poids étymologique du mot nostalgie. Nostos comme « retour », algos comme « douleur » : la nostalgie serait-elle vouée éternellement à la mélancolie ?
Cette nouvelle rubrique entend périodiquement conjurer ce mauvais sort en vous offrant une clef du bonheur, celle que les manuels de morale de jadis, en guise de conclusion, délivraient à leurs jeunes lecteurs avec ce ton sentencieux qui accréditait une vérité révélée.
Une clef de bonheur atemporelle, universelle, qui ouvre les portes de ce Nouvel an que nos chers experts en sinistrose nous promettent si angoissant. Comme si l’envie de « vivre heureux » devenait indécente…
EXTRAIT -
Ne croyez pas que le bonheur était hier, ne croyez pas qu’il sera demain.
Celui qui regrette, celui qui rêve ne sera jamais heureux.
Entre les souvenirs et les espérances – qui ont tout de même droit à une petite place ! – il faut vivre avec courage l’heure présente : qu’elle soit lourde ou légère, elle donne ou elle donnera sa récompense.
Source : CRESSOT (J.) - L’éducation morale et civique à l’école primaire
(Paris, Librairie Istra, s.d.)


20:14 Publié dans Ma bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonheur
23 décembre 2008
RAVISSANTE RÉCITATION N°6

La nostalgie ne sied-elle pas à merveille à la magie empathique de Noël ? Du moins pour ce qu’il en reste, en notre morne XXIème siècle.
Aidons-nous à le croire avec cette ravissante récitation à la morale généreuse, tout à la gloire de la vraie solidarité, — une mutuelle assistance, franche et joyeuse — sans pleurnicherie ni assistanat…
Celle que mon ami poète Sully Prudhomme a su si bien mettre en poésie.
Pour découvrir Sully Prudhomme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Sully_Prudhomme
UN SONGE
Le laboureur m’a dit en songe : « Fais ton pain,
Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème."
Le tisserand m’a dit : « Fais tes habits toi-même. »
Et le maçon m’a dit : « Prends la truelle en main. »
Et, seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînais partout l’implacable anathème,
Quand j’implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout sur mon chemin.
J’ouvris les yeux, doutant si l’aube était réelle :
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle ;
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.
Je connus mon bonheur, et qu’au monde où nous sommes,
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;
Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.
SULLY PRUDHOMME
Cette curieuse chromolithographie de la fin du XIXe siècle, met en scène une étrange - et malsaine - allégorie de la solidarité, comme nous en convainc la légende décrivant chaque personnage.
- Le souverain dit : « Je vous gouverne tous »
- Le gentilhomme dit : « Je vous commande tous »
- Le curé dit : « Je prie pour vous tous »
- Le juif dit : « Je gagne sur vous tous »
- Le soldat dit : « Je vous défends tous »
- Le mendiant dit : « Je vous demande l’aumône à tous »
- Le paysan dit : « Je laisse faire le bon Dieu car je dois vous nourrir tous les six… »
Miroir d’une époque où la culture de la terre évoquait encore une puissance aristocratique qui se jouait des « différentes positions sociales »…
JOYEUX NOËL À TOUS !
09:59 Publié dans Ma bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : solidarité



