07 juillet 2008
PAGE D'HISTOIRE N°3
Nostalgie et commémoration font-elles bon ménage ?
La première laisse libre cours à l’émotion, la seconde participe à l’éclat de l’institution. Autant dire qu’elles se dérobent à toute comparaison.
Le traditionnel « défilé militaire du 14 juillet », parce qu’il consacre notre « Fête nationale », est sans doute la seule célébration où le sentiment patriotique sait encore faire battre notre cœur…
Sentimentalisme désuet, penseront certains mauvais esprits, à une époque où toute effusion nationaliste devient suspecte.
Au fil des « leçons en images », les manuels scolaires de jadis n’omettaient pas d’expliquer aux enfants de France pourquoi notre Fête nationale est célébrée le 14 juillet, même si les explications trahissent parfois un certain embarras…
Ainsi, le manuel que j’ai le plaisir de vous présenter cette semaine joue sur deux registres pour légitimer notre Fête nationale :
Le 14 juillet 1789, prise de la Bastille : acte de rébellion, colère du peuple, vindicative, sanglante et destructrice.
Le 14 juillet 1790, Fête de la Fédération : acte de communion, exaltant l’unité de la nation française, en présence de notre bon Roi.
Pour s’acheter une bonne conscience, et donner un peu plus de respectabilité à notre Fête nationale, l’Histoire a préféré retenir la deuxième version.

Aujourd’hui, depuis 1880, un défilé militaire rehausse le prestige de notre 14 juillet, en soulignant la vocation patriotique de cette célébration.
Moins médiatique à présent, parce que trop traditionnel sans doute, ce « joli défilé » a beaucoup de mal à capter l’attention de la presse, qui préfère désormais commenter les peoplesques anecdotes de la garden-party dans les Jardins de l’Élysée. Là, grands commis de l’État, courtisans serviles et clergé médiatique rivalisent de ramage pour capter un sourire du Prince.
Le 14 juillet, entre fontaines de champagne et délicats macarons, l’aristocratie républicaine célèbre à sa manière la Fête nationale, pendant que le bas peuple s’encanaille au bal des pompiers… Ainsi se perpétue la Fête de la Fédération, « la fête de l’union, de la fraternité entre les Français ». Alors vive le Roi, et vive la République !

EXTRAIT -
Le 14 juillet 1789, le peuple avait crié sur les murs de la Bastille qu’il allait démolir : « Nous sommes libres ! »
Un an plus tard, il va crier : « Nous sommes frères ! »
Une grande fête s’organise à Paris sur une place appelée le Champs-de-Mars. Il y viendra des Français de toutes les provinces.
Les Parisiens prennent la pioche et roulent la brouette en chantant. Et le Champs-de-Mars est prêt pour le grand jour.
Sur toutes les routes de France, des Bretons, des Normands, des Poitevins, des Gascons gagnent à pied Paris. Ils s’en vont vers le Champs-de-Mars.
La grande cérémonie a lieu. Le roi y assiste. On appelle cette fête : Fête de la Fédération, c’est-à-dire la fête de l’union, de la fraternité entre les Français.
Quand tous sont réunis comme se réunissent des amis ou des frères, les canons tonnent, les musiques éclatent ; l’on crie : « Vive la Nation ! » L’on applaudit, l’on s’embrasse, l’on chante et l’on danse.
Tous sont heureux d’être Français et de former une même patrie.
Source : BERNARD (P.) & REDON (F.) - Notre premier livre d’Histoire - cours élémentaire - (Paris, Fernand Nathan éditeur, 1972)

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30 mai 2008
RAVISSANTE RÉCITATION N°3
Nostalgie et pédagogie font-elles bon ménage ?
Nos chers enseignants vont répondront bien sûr que « tout, aujourd’hui, est si différent » et que « rien n’est comparable »…
Se surprend-on à admirer le contenu des manuels scolaire de jadis, et nous voilà suspectés d’être un « vieil esprit réactionnaire », rétif à l’épanouissante école moderne.
Observons pourtant cet exercice de récitation de 1900.
Une charmante poésie sert de support à une leçon de « morale édifiante » sur la constance dans le travail.
Une courte maxime, non dénuée d’humour, sert à marquer l’esprit.
Des images éloquentes mettent en scène la honteuse paresse.
Poésie, résumé, maxime, images : quatre façons convergentes de mettre la morale en action pour apprendre le jeune enfant à devenir consciencieux…
Quel reproche oserait-on faire à cette méthode pédagogique ?
En quoi les livres du passé seraient-ils dépassés ?
Pourquoi certaines « bonnes valeurs » seraient-elles plus périmées que d’autres ?
Chut, pas de polémique !
Les experts pédagogues de l’Éducation nationale ont sans doute la réponse…
Celle qui n’est pas intelligible à notre pauvre esprit rétrograde.
Source : MOY (L.) - La première année de récitation - L’enseignement par l’image - cours moyen et cours supérieur -
(Paris, Armand Colin et Cie éditeurs, 20e édition, 1900, 112 pages, 13,5 sur 18,5 cm)
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19 mai 2008
BEAU LIVRE D'ÉCOLE N°14
Cette semaine, j’ai le plaisir de vous présenter un livre de morale qui, à n’en pas douter, provoquerait un énorme scandale aujourd’hui. Et pourtant, comme tout manuel scolaire, il reçut en son temps l’autorisation des autorités compétentes pour être diffusé dans les écoles.
L’extrait n°1 est représentatif des livres de « lecture morale » de l’époque : une préface pavée de bonnes intentions, avec le ton incantatoire qu’appelle le genre.
L’extrait n°2 nous met beaucoup plus mal à l’aise. Sous couvert de dénoncer les préjugés, il n’hésite pas à faire la part du vrai et du faux parmi les qualités et défauts de la « race juive »…
Une leçon de « morale édifiante », écrite en 1927 (bien avant les « années noires ») qui révèle entre les lignes combien la « civilisation française » était contaminée par les relents de l’Affaire Dreyfus, et comment la sage école laïque abordait le sujet de la tolérance… en mêlant, sans complexe, condescendance et insinuation !
Source : MARTINON (Suzanne) & DESPIQUES (Paul) - Paul Defrance - Histoire d’un petit citoyen français –
(Paris, Librairie Delagrave, 1ère édition, 1927, 192 pages, 12 sur 18,5 cm)
EXTRAIT N°1 -
« L’éducation est la pierre angulaire de toute vie humaine. Or, elle n’est plus aussi en honneur qu’autrefois dans les familles, et c’est là un danger sans cesse plus menaçant, auquel il faut parer de toute sa meilleure volonté, de toute sa croyance, de toute sa ferveur pour un idéal.
Idéal… voilà un grand mot prononcé ! Mais en est-il un plus beau ? Est-il tâche plus noble, et qui requière plus de persévérance et d’enthousiasme profond, que d’élever l’enfant, avec simplicité et tendresse, vers tout ce qui est vrai, sain, juste et beau ?
Mais là même ne se bornait pas notre ambition. Nous nous sommes efforcés de lui faire aimer la terre… ; d’abord ses aspects les plus séduisants : les arbres et l’eau, les fruits et les fleurs ; et puis les bêtes et la ferme ; enfin le travail libre et fécond, sous le ciel vaste et pur…, loin des bureaux étroits, loin des fumées d’usine… ; la terre, c’est-à-dire l’orgueil de récolter et l’orgueil de nourrir… ; la terre, le pain de tous…, la terre, le bien le plus vrai, le plus sûr, celui qui, mieux qu’aucun autre, fait l’homme libre ! »
EXTRAIT N°2 -
« Quand j’étais petit, j’avais, je ne sais trop pourquoi, horreur des Juifs. Était-ce d’avoir entendu prononcer autour de moi l’injure : « Sale Juif » ? Je ne prononçais moi-même jamais ce mot de juif sans l’épithète sale. Pas à la maison, naturellement : papa et maman m’en auraient vertement grondé ! À force de dire « sale juif », je m’étais persuadé que les Juifs étaient la race la plus déplaisante et la moins intéressante qui fût. En quoi je me trompais fort. Convenons qu’elle a ses défauts, qui nous rebutent un peu. Il n’en est pas moins vrai qu’elle nous donne l’exemple de vertus essentielles, telles que l’amour du travail, la persévérance et l’esprit de solidarité. Et, si peu que j’ai fréquenté des Juifs, j’ai gardé le souvenir de jeunes gens intelligents, particulièrement doués pour les arts, et de qui la volonté d’atteindre un but fixé m’impressionna plus d’une fois très vivement. »
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08 mai 2008
LIVRE DÉLICIEUX N°6
La nostalgie supporte-t-elle le matraquage ? L’avalanche d’articles et d’ouvrages commémorant Mai 1968 nous « interpelle quelque part au niveau du vécu », comme diraient les anciens combattants de ce printemps vraiment pas comme les autres.
Ceux qui ne l’ont pas vécu se plaisent à idéaliser la « révolution » de la jeunesse embourgeoisée des Trente Glorieuses.
Ceux qui y ont pris part s’inventent une « conscience citoyenne », préparant la France au crépuscule du gaullisme historique. Autant de miroirs qui renvoient aujourd’hui les images d’un folklore pathétique, dont les honnêtes historiens peinent à trouver le sens.
Faut-il alors « commémorer » Mai 1968 ? Assurément le verbe est trop beau. Ni grandeur ni douleur nationale dans ce feuilleton seventies. Laissons à la Victoire du 8 mai 1945 l’honneur de la mémoire.
Pour autant, Mai 1968 réveille à notre esprit une sympathique créativité imaginative, peuplée de « slogans », devenus aujourd’hui vestiges d’une « parole libérée ».
Des slogans nourris d’une solide culture philosophique, pétrie d’humour subtil, en rien comparables avec les « tags ethniques », dénués de sens, qui souillent impunément les murs de nos villes.
Le LIVRE que j’ai le plaisir de vous présenter cette semaine eut la bonne idée de vouloir restituer à chaud la mémoire de cette « démocratie de la rature » aux allures libertaires, mais combien élitiste, à en juger le niveau bac + 15 de certains graffitis…
EXTRAIT :
« Le grafitti en soi devenait liberté. Et combien de sincères ont écrits « je n’ai rien à écrire » : ils n’étaient pas naïfs. Ils ont crié pour se « sentir avec ».
Célébration d’un anonymat qui participe. Ceux qui ont cité n’ont pas signé, annexant l’auteur aux circonstances.
Mais ces cris, au clou sur la craie, à la chaux sur le parpaing et à l’encre sur le papier, niant la politique, contestant la philosophie, l’esthétique, la poésie, ont créé. Forum vertical, démocratie de la rature : les rajouts, les réponses instituaient un dialogue.
Déjà les lessivages blancs de juin écrasent à plat les pamphlets noirs et rouges de mai : on repeint.
Pour la première fois sans doute, un monument historique n’avait pas prétention de l’être.
Les dissonances et les discussions, monument éphémère d’un printemps, auraient disparu…
Ces murs aux grandes oreilles, qui revendiquaient la parole, n’auraient plus eu d’yeux ? Pourquoi ?
D’où ce recueil. »
Source : Journal mural Mai 1968 - Sorbonne, Odéon, Nanterre, etc… -
Les murs ont la parole…
Citations recueillies par Julien Besançon
(Paris, Tchou éditeur, juin 1968, 17,5 cm sur 11,5 cm, 182 pages)

« Je ne pense pas qu’il faille attacher
plus d’importance que cela n’en vaut la peine à quelques enragés. »
Alain Peyrefitte - Extrait d’un discours 3 mai 1968
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16 février 2008
RAVISSANTE RÉCITATION N°2

Est-il maudit ou oublié ? Qui se souvient de Gustave Nadaud (1820-1893) ?
Avant tout « chansonnier », comme on disait à l’époque, il compose d’anodines opérettes de salon et un seul roman, - « Une idylle » - qui recueille un succès d’estime.
Conjuguant ironie et parti pris, les morceaux qu’il compose affichent sans prétention un comique facétieux.
Avec « le roi boiteux », il se risque à une satire politique du Second Empire, qui ne lui en tient point rigueur puisqu’il est, en 1861, décoré de la Légion d’honneur.
Il meurt dans le dénuement pour avoir obstinément refusé de « servir la soupe »…
Cette récitation, souvent publiée dans les manuels scolaires du début de la Troisième République, ne fait-elle pas un malin clin d’œil aux mœurs médiatico-politiques d'aujourd'hui ? Grâce à sa morale souriante, elle mériterait en tout cas de figurer parmi les « fondamentaux » de l’école primaire du XXIème siècle…
LE ROI BOITEUX
Un roi d’Espagne, ou bien de France,
Avait un cor, un cor au pié ;
C’était au pied gauche, je pense ;
Il boitait à faire pitié.
Les courtisans, espèce adroite,
S’appliquèrent à l’imiter,
Et, qui de gauche, qui de droite,
Ils apprirent tous à boiter.
On vit bientôt le bénéfice
Que cette mode rapportait,
Et de l’antichambre à l’office,
Tout le monde boitait, boitait.
Un jour, un seigneur de province,
Oubliant son nouveau métier,
Vint à passer devant le prince
Ferme et droit comme un peuplier.
Tout le monde se mit à rire ;
Excepté le roi qui, tout bas,
Murmura : - Monsieur, qu’est-ce à dire ?
Je crois que vous ne boitez pas.
- Sire, quelle erreur est la vôtre !
Je suis criblé de cors ; voyez :
Si je marche plus droit qu’un autre,
C’est que je boite des deux pieds.
G. NADAUD
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01 février 2008
LIVRE DÉLICIEUX N°5
VISITONS LE FUTUR !

Les amoureux de la nostalgie se complaisent à revisiter le passé à l’aune de leur mal-être présent. Pourquoi ne prendraient-ils pas le même plaisir à explorer le futur ?
Oublions vite la tradition pesante des « Vœux du Nouvel An », trop convenable pour amuser, trop rôdée pour surprendre. Livrons-nous plutôt en ces temps d’humeur maussade à « l’amusette » que nous propose Mademoiselle Lenormant, la célèbre cartomancienne.
Pas besoin de cartes cette fois ! Une épingle, deux dés ou un jeu de dominos suffisent à tout savoir sur ce que nous promet l’avenir. À celles et ceux qui oseraient en douter, je veux bien proposer mes humbles services de « courtier en oracle » : je leur fournis le mode d’emploi, et la grille de lecture leur prodiguera en secret de précieux conseils pour déjouer les facéties de 2008…
Source : LENORMANT (Mademoiselle) .- L’oracle des dames et des demoiselles, contenant l’art de prédire l’avenir avec un cadran et une épingle, avec des dés et des dominos
(Paris, H. Delarue et Cie, s.d., 12 sur 18,5 cm, 182 pages)
EXTRAIT : Ce serait attribuer à l’Oracle des Dames une science qu’il n’a pas, que de croire à la véracité de ses prédictions ; car il n’est donné à personne ici-bas de prévoir l’avenir.
Les croyances populaires, les préjugés disparaissent de jour en jour, mais le besoin de se divertir n’a point disparu. C’est donc à titre de récréation que notre opuscule se présente au public, et c’est en disant ouvertement ce qu’il est qu’il espère l’indulgence des belles lectrices qui voudraient bien le consulter.
Ainsi, lorsque le hasard voudra que quelque vraisemblance se rencontre dans la réponse de l’oracle, la bienveillance de la consultante lui sera acquise. Et dans le cas contraire, notre lectrice pourra rire franchement encore, parce qu’elle est prévenue ici que ce livre est une amusette, depuis le commencement jusqu’à la fin.
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19 janvier 2008
NOBLE JEU ET BEAU LIVRE N° 5

Cette semaine, j’ai le plaisir de vous présenter un LIVRE-CULTE, en guise d’hommage intimiste à Bobby Fischer, le « Mozart des échecs » comme l’appellent les journalistes en mal d’inspiration pour saluer ce champion légendaire qui vient de nous quitter. Il est décédé à 64 ans, nombre sacré du « noble jeu » puisque l’échiquier comprend 64 cases. À une date tout aussi symbolique, le 17 janvier, le jour où, en 1382, l’alchimiste Nicolas Flamel a réalisé son rêve : transformer le plomb en or, grâce à la pierre philosophale.
Source : FICHER (Bobby), MARGULIES (Stuart), MOENFELDER (Donn).- Bobby Fischer vous apprend les Échecs
(Paris, Fernand Nathan, 1972, 180 pages, 15,5 sur 23,5 cm)
MON HUMBLE AVIS –
Ce manuel d’initiation adopte une « méthode d’enseignement programmé » qui le distingue, de manière fort avantageuse, des traités didactiques si arides et si peu ludiques… Un outil idéal pour enseigner le jeu d’échecs aux enfants, si prompts aux perceptions intuitives.
Il me fut offert au cours de l’automne 1972, juste après le duel légendaire Fischer-Spassky qui marquera la fin de l’hégémonie soviétique sur ce jeu trop romantique pour être laissé aux mains des adeptes du matérialisme historique.
Ce manuel, je l’ai lu, relu, et « mis en pratique » tout au long de mon adolescence, dans l’apprentissage solitaire de ce jeu mystérieux. Autant dire qu’il est « ma pierre philosophale à moi » : celle qui vous ouvre les portes d’un univers enchanteur dont le plaisir participe à la richesse de l’âme…
EXTRAIT –
Généralement, les méthodes d’Échecs vous attribuent un rôle passif. On vous demande d’étudier les matières présentées et de vous en souvenir. Mon livre vous expose ces matières comme le ferait un moniteur de travaux pratiques et vous prie d’utiliser de façon active, et immédiatement, les nouvelles idées, en répondant à des questions. Après avoir répondu à chaque question, vous tournez simplement la page pour trouver la réponse correcte et son explication. De cette façon, vous assimilerez complètement les matières traitées.
L’enseignement programmé, méthode utilisée dans cet ouvrage, est une nouvelle façon d’enseigner. Elle a été employée auparavant dans l’industrie et les écoles avec d’excellents résultats. Vous pouvez apprendre rapidement et retenir les matières enseignées bien mieux qu’avec les livres et cours habituels. Même le débutant se rappellera ce que je lui enseigne et sera capable de l’utiliser aussitôt.
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11 décembre 2007
RAVISSANTE RÉCITATION N°1

Au hasard des pages jaunies de vieux manuels scolaires, on lit parfois de savoureuses récitations. Rejaillit alors le souvenir de ce pénible exercice de mémoire, censé éveiller en nous le goût des belles lettres.
Redécouvrir des textes comme on n’en lit plus, comme on n’en apprend plus, insufflant morale et poésie dans les gestes anodins du quotidien, n’est-ce pas aussi un « petit plaisir minuscule » de la nostalgie ?
Une belle histoire que cette nouvelle rubrique vous invite à partager.
LE MOUCHOIR PERDU
Tu dis : « Ce n’était qu’un mouchoir !
En venant je l’ai laissé choir
Près de l’école, sur la route ».
Ce mouchoir, sais-tu ce qu’il coûte ?
Si tu veux le savoir, écoute.
D’un geste large de la main,
Le laboureur sème le lin ;
Le lin mûrit ; on le moissonne.
À la ménagère on le donne.
On fait, en écrasant le lin,
La filasse avec chaque brin.
La ménagère alors le file ;
Le fuseau tourne et tourne, agile.
Voici du fil : le tisserand
Pour le mettre au métier le prend.
Et le tisserand fait la toile
Dont le marchand fera la voile,
La chemise et le bon mouchoir
Que le gaspilleur laissa choir.
Mais tu prendras garde sans doute,
Puisque tu sais tout ce que coûte
De temps, de travail et d’effort,
Le bon mouchoir fait de lin fort.
Octave AUBERT
Pour nos chers enfants (Paris, Fernand Nathan éditeur)
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24 novembre 2007
NOBLE JEU ET BEAU LIVRE N° 4
Cette semaine, j’ai la plaisir de vous présenter un SUPERBE ALBUM, comme seuls les échéphiles anglais en ont le secret …
KEENE (Raymond).- Histoire du jeu d’échecs
(Paris, Phaidon, 1990, 128 pages, 24,5 cm sur 28,5 cm)
MON HUMBLE AVIS -
L’auteur, Grand Maître International, explore la saga gréco-indienne, arabe et occidentale du « noble jeu » sans jamais se départir de l’univers socio-culturel de chaque époque.
L’iconographie, dont la splendeur le dispute à l’abondance (114 illustrations) est servie par une maquette simple et élégante : une rareté qui mérite d’être soulignée dans ce genre d’album thématique.
L’ouvrage ne commet aucune impasse : parties célèbres, évolution des règles du jeu, histoire des compétitions, biographie des champions de légende, perception et pratique du jeu sur les divers continents, approche esthétique des pièces d’échecs au fil du temps… Assez de quoi pour réconcilier les drogués des 64 cases avec la grande histoire, et les férus d’histoire avec les mystères insondables de l’échiquier. La où la magie du jeu communie avec le plaisir des yeux.
EXTRAIT -
Le premier citoyen soviétique à détenir le titre de champion du monde est Mikhail Botvinnik, né le 17 août 1911. A ce titre, il pourrait être considéré comme le fondateur d’une dynastie. Depuis 1948, date de son accession au trône, tous les champions du monde sont soviétiques, à l’exception de Bobby Fischer. Dans les années 1920, le gouvernement soviétique soutient vigoureusement les compétitions échiquéennes. Si Botvinnik, comme la plupart de ses successeurs soviétiques au titre de champion du monde, a bénéficié de tout l’appui qu’un gouvernement peut offrir, il dut aussi en souffrir les contraintes. Celles-ci apparurent sans voile à Karpov et à Kasparov lorsqu’ils ont dû remettre au comité des sports soviétiques le plus grande partie de leurs considérables revenus en espèces étrangères acquis lors des compétitions.
Le réformateur et romancier russe Léon Tolstoy (à gauche) se mesure au Gambit Roi…
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09 novembre 2007
BEAU LIVRE D'ÉCOLE N°13

Cette semaine, j’ai le plaisir de vous présenter un manuel « joliment illustré » qui puise dans notre patrimoine littéraire assez de belles « lectures morales » pour éduquer la conscience des petits.
Jean Aicard, Henri Bordeaux, Marie-Pape-Carpentier, Zulma Carraud, Caumont, Hansi, Clarisse Juranville, Charles Perrault, Louis Ratisbonne, etc. appartiennent au Panthéon littéraire de l’école républicaine. Des noms, jadis prestigieux, qui ont distillé de « bons sentiments » à des générations d’enfants. L’oubli, depuis, a fait son œuvre, laissant à la nostalgie l’illusion du souvenir…
Source : BOURCEAU (E.) & FABRY (Raymond).- Lectures morales et enfantines – cours préparatoire –
(Paris, Éditions École et Collège, 8ème édition, 1939, 21,5 sur 13,5 cm, 156 pages)
EXTRAIT –
Persuadés que le premier livre mis entre les mains des enfants – un livre destiné à éveiller en eux le goût si précieux de la lecture – exerce une influence profonde et parfois décisive sur la tournure de leur esprit et la direction de leur vie, nous avons voulu que chacune des lectures qui le composent contînt une leçon de morale simple et lumineuse.
Des exercices d’observation, de réflexion, d’élocution, de vocabulaire, de grammaire très simples, des poésies choisies en vue de la récitation, fournissent aux maîtres une matière variée pour cultiver l’intelligence de l’enfant et l’initier à l’étude du langage.
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