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Ma bibliothèque - Page 6

  • ACTU & NOSTALGIE N°39

    Pape-13III2013.jpgPuisque la nostalgie voue une certaine admiration aux rites séculaires, comment pourrions-nous rester insensibles à l’avènement de François*, nouveau successeur sur le trône de saint Pierre ? Si le pape est élu en conclave à l’issue d’un scrutin secret, n’oublions pas que ce choix procède de l’Esprit Saint, et comme tel s’avère infaillible…

    En l’espèce, l’Esprit Saint s’est montré aussi perspicace que diplomate : IL nomme Pape un fils d'émigrés italiens — pour ménager les susceptibilités romaines — et un digne héritier de la tradition séculaire des ordres mendiants — pour renouer avec la vocation pastorale de l'Église au plus près des démunis... Joyeux pied de nez à l'opulence consumériste de notre vieille Europe en crise d'identité et de spiritualité.

    Comme si l’Église catholique, apostolique et romaine voulait s’acheter une conduite en voulant renouer avec une mission évangélisatrice trop longtemps diluée dans le bouillon des controverses théologiques et des contingences temporelles.

    Enfin un pape latino, jésuite de formation, venant d’un évêché en proie à la misère humaine : cet Habemus Papam vraiment historique ouvre, à n'en point douter, une nouveau chemin à "la plus ancienne multinationale du monde", la seule qui sait vivre avec son temps sans jamais mourir avec son époque.

    Incroyable histoire que celle de la papauté, se jouant des turpitudes temporelles sans jamais rien renier des valeurs chrétiennes auxquelles elle donne une portée universelle, comme le résume si bien le magnifique album que réveille soudain ma bibliothèque.

    EXTRAIT

    HistoirePapes.jpgDu simple statut d’évêque de Rome qu’ils possèdent au début de notre ère, les papes, sous l’impulsion de personnages énergiques comme Clément, Sylvestre, Eusèbe, ou Grégoire le Grand réussissent à imposer dès le Moyen Âge leur tutelle sur la Chrétienté occidentale.

    Autorité avant tout spirituelle, l’institution papale a réussi à influencer le monde des laïcs tout en traversant de nombreuses crises durant deux mille ans : les persécutions des premiers siècles, les invasions barbares, le schisme d’Orient, les hérésies, l’exil en Avignon, la Réforme protestante, la Révolution française, la naissances des nations modernes, les grands conflits du XXe siècle…

    Source : Histoire des papes — de saint Pierre à Jean-Paul II (Paris, Éditions Tallandier, 2000)

     

    *NB- François… et non François Ier ! — http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/03/13/01016-20130313ARTFIG00701-pourquoi-le-pape-s-appelle-francois-et-non-francois-ier.php



  • BELLE RÉCITATION N°17

    récitation,poésie,les mois,rosemonde gérard,manuels scolaires,jean rostand,saisons,janvier,les pipeauxPuisque la nostalgie se nourrit du temps qui passe, osons un clin d’œil, en ce début d’année, à l’imperturbable ronde des mois, au fil d’un poème qui réussit la prouesse de tous les citer, dans un élan harmonieux d’émotions bucoliques. 

    Le talent de son auteur, Rosemonde Gérard, puise, à n’en point douter, aux illustres sources d’inspiration que lui offrait son environnement familial. Parmi ses aïeux, elle compte Madame de Genlis. Parmi ses familiers, Leconte de Lisle, son parrain, et Alexandre Dumas, son tuteur, tous deux membres du conseil de famille veillant à la protection de cette orpheline de père.

    En 1890, elle épouse Edmond Rostand, l’auteur de Cyrano de Bergerac. Ses prédispositions à l’écriture empruntent peu, osons-nous croire, à l’état de mariage puisque son premier recueil de poésies — Les Pipeaux — fut publié un an avant qu’elle convolât en justes noces. Une authentique poétesse souvent honorée par les manuels de récitation de l’école républicaine façon Belle Époque…


    § 

    Les mois

     

    Janvier prend la neige pour châle ;

    Février fait glisser nos pas ;

    Mars de ses doigts de soleil pâle,

    Jette des grêlons aux lilas.

     

    Avril s’accroche aux branches vertes ;

    Mai travaille aux chapeaux fleuris ;

    Juin fait pencher la rose ouverte

    Près du beau foin qui craque et rit.

     

    Juillet met leurs œufs dans leurs coques ;

    Août sur les épis mûrs s’endort ;

    Septembre aux grands soirs équivoques,

    Glisse partout ses feuilles d’or.

     

    Octobre a toutes les colères,

    Novembre a toutes les chansons

    Des ruisseaux débordant d’eau claire,

    Et décembre a tous les frissons.

     

    Rosemonde GÉRARD — Les Pipeaux (Paris, Fasquelle éditeur, 1889)


    R.Gerard.jpg


    Saisons.jpg

     

    Source : DUTILLEUIL (J.) & RAMÉ (E.) — Les Sciences physiques et naturelles – cours élémentaire et moyen

    (Paris, Libraire Larousse, s.d.)

     

  • BELLE RÉCITATION N°16

    Décembre-.jpgComme nostalgie et tradition ont partie liée, respectons leur complicité en cette période de fêtes et sacrifions au rite de la  récitation de Noël que ce blog perpétue depuis sa création.

    Cette année encore, c’est un « hussard noir de la République », poète à ses heures, que nous choisissons d’honorer pour mieux conjurer l’oubli de son œuvre.

    Affublé d’un surnom quelque peu narquois — « le Poète des Chaumes » —, chantre de la butte Montmartre et du quartier Saint-Germain, il connaît un succès d’estime grâce à son premier recueil de poèmes, Dehors,  publié en 1900.

    Renouant avec sa Normandie natale où il embrasse une carrière d’instituteur, il publie d’autres poésies, la plupart inspirées de son terroir, ose commettre quelques pièces de théâtre et conquiert une reconnaissance tardive en barde du bocage, érudit du parler normand et mémoire vivante des légendes hantant le pays de Caux.

    Sa poésie « Noël rustique » n’oublie rien du folklore familial de la plus belle nuit de l’année, restituée là au gré de ses souvenirs d’enfant : le réveillon, la bûche, l’âtre de la cheminée, la crémaillère, les chants sacrés, l’impatience des enfants… Des émotions intimes qui savent, aujourd'hui encore, résister à la triviale fièvre consumériste de notre siècle désenchanté.

     

    Noel-01.jpgNoël rustique


    La bûche de Noël

    C’est le cœur du foyer.

     

    Quand j’étais jeune comme toi,

    Ma petite fille si belle,

    On mettait, le soir de Noël,

    Dans l’âtre un beau rondin de bois

    Pour les trois fêtes solennelles :

    Noël, le Jour de l’an, les Rois.

    Enfance chère aux cœurs fidèles,

    Beaux réveillons ! je me rappelle,

    Nul ne songeait à sommeiller.

     

    Le feu dansait devant la bûche

    Tout le long de la crémaillère

    — Il semble que c’était hier… —

    On chantait, on vidait les cruches,

    Le bonheur de la maisonnée

    Nous venait de la cheminée.

    Le feu semblait se réveiller

    Dans sa flamme claire et nouvelle

    Pour souhaiter la bonne année.

    La nuit des Rois, devant le feu,

    On tirait le gâteau des Rois ;

    Et l’on donnait la part à Dieu

    Aux petits enfants qui ont froid ;

    Ils chantaient avec trois chandelles,

    Comme on chante encore maintenant…

    Ma petite fille si belle,

    Ce sont des souvenirs d’enfant

    Qu’il ne faut jamais oublier.

     

    La bûche de Noël

    C’est le cœur du foyer.

     

    Francis YARD — Le roi Octobre (Paris, Grasset éditeur, 1930)


    Noel-02.jpg