Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Ma bibliothèque - Page 4

  • BELLE RÉCITATION N°21

    Confitures-.jpgComme la nostalgie ne boude jamais la gourmandise, savourons une récitation à l’odeur sucrée, cueillie en un XIXe siècle contemplatif, une époque où les auteurs savaient nous faire rêver avec des « Poèmes de la vie réelle », sous-titre évocateur de l’ouvrage qui la recèle.

    Il suffit de la lire et relire pour qu’un bouquet de parfums taquine nos narines. Et aussitôt l’envie nous gagne. Entre cueillette au jardin et cérémonie en cuisine,  pourquoi les confitures à l’ancienne ne reviendraient-elles pas égayer nos loisirs d’été ?

     

    Les confitures

    À la Saint Jean d’été, les groseilles sont mûres.

    Dans le jardin vêtu de ses plus habits,

    Près des grands lis, on voit pendre sous les ramures

    Leurs grappes couleur d’ambre ou couleur de rubis.

    Voici l’heure. Déjà, dans l’ombreuse cuisine,

    Les pains de sucre blanc, coiffés de papier bleu,

    Garnissent le dressoir, où la rouge bassine

    Reflète les lueurs du réchaud tout en feu.

    On apporte les fruits à pleines panerées,

    Et leur parfum discret embaume le palier ;

    Les ciseaux sont à l’œuvre, et les grappes lustrées

    Tombent comme les grains défilés d’un collier.

    Doigts d’enfants, séparez, sans meurtrir la groseille,

    Les pépins de la pulpe entr’ouverte à demi !

    La grave ménagère, attentive, surveille

    Ce travail délicat d’abeille ou de fourmi.

    Vous êtes son chef-d’œuvre, exquises confitures !

    Dès que l’été fleurit les liserons du seuil,

    Après les longs travaux, lessives et coutures,

    Vous êtes son plaisir, son luxe, son orgueil.

    Le clair sirop frissonne et bout : l’air se parfume

    D’une odeur framboisée… Enfants, spatule en main,

    Enlevez doucement la savoureuse écume,

    Qui mousse et perle au bord des bassines d’airain.

    Voici l’œuvre achevée ! La grave ménagère

    Contemple fièrement les godets de cristal,

    Où la groseille brille, aussi fraîche et légère

    Que lorsqu’elle pendait au groseillier natal.

     

    André THEURIET —  Le Bleu et le Noir — Poèmes de la vie réelle (Paris, Lemerre éditeur, 1873)

    Confitures-01.jpg

    Source : LE LAY (H.) & LEROY (E.) — Vocabulaire - cours élémentaire 1ere année

    (Paris, Hachette, 1957)

     


     

  • ACTU & NOSTALGIE N°43

    Ducoudray-01.jpgComme la nostalgie n’oublie jamais de sourire au hasard, ne boudons pas le plaisir de présenter notre dernière trouvaille à propos du Certificat d’études, en clin d’œil à la récente publication de Passez le Certif.

    En 1895, sous la signature de l’historien laïcard Gustave Ducoudray, la Librairie Hachette édite un Journal de classe, sous forme de livrets mensuels, présentant les « leçons et exercice de Morale, d'Arithmétique, de Grammaire, d’Histoire, etc. », à la façon des annales dont les éditeurs exploiteront bien plus tard le filon.

    D’octobre à juillet, l’élève-candidat se mesurait au programme complet du terrible examen : un vrai « certificage » préfigurant le « bachotage » de notre génération… Avec l’espoir serein de prendre  l’ascenseur social aussitôt le diplôme en poche.

     

    Ducoudray-02.jpg

    Ducoudray-03.jpg

    Source : DUCOUDRAY (G.) Le Journal de classe – cours moyen et certificat d’études

    (Paris, Librairie Hachette & Cie, 1895)


    La réponse à l’épreuve de morale du 15 juin dernier

    Certif-JG-.jpgQuelles sont les qualités qui font un bon ouvrier ?

    Un bon ouvrier fait consciencieusement tout ce qu’il s’est chargé de faire ; il aime son métier et il tâche de se perfectionner chaque jour ; on ne le voit pas changer de patron à chaque instant ; il fuit le cabaret.

    Quelles sont les qualités qui font un bon patron ?

    Un bon patron est juste envers ses ouvriers et il les traite avec égards. Il leur vient en aide dans les jours de chômage ou de maladie.

    Source : DUPUY (Chales) — L’année du certifcat d’études – Livret d’éducation morale ( Paris, Librairie Armand Colin, 7e édition, 1905)


     


     

    Diplome.jpg


     

     

     

  • BELLE RÉCITATION N°20


    juin.jpgLa nostalgie voue une certaine tendresse aux poètes maudits, remarquions-nous dans une précédente rubrique. Alors retrouvons, au hasard de ce rendez-vous poétique mensuel, un autre poète méconnu : Charles Guérin (1873-1907), emporté à l’âge de trente-trois ans par une tumeur au cerveau.

    Ce lorrain germanophile, licencié en allemand, amoureux de Bayreuth, admirateur inconditionnel de Richard Wagner, sillonne l’Europe entière malgré une santé fragile que son état mélancolique, source majeure de son inspiration, ne viendra pas arranger.

    Grâce à son éditeur Mercure de France, il rencontre Francis Jammes qui deviendra son « maître-à-poétiser », défrichant un nouveau sentier littéraire qui ose s’affranchir du mouvement parnassien encore en vogue.

    Le choix de ce sonnet répond aux charmes éternels de la récitation : la musicalité des vers rythme la délicatesse de l’ondée, la magie des mots exhausse le parfum de la terre après l’orage. Un avant-goût d’été, comme une envie qui ne veut plus se faire attendre…

    Etiquette-08.jpg


    Après la pluie… en juin

     

    Il a plu. Soir de juin. Écoute,

    Par la fenêtre large ouverte,

    Tomber le reste de l’averse

    De feuille en feuillé, goutte à goutte.

     

    C’est l’heure choisie entre toutes

    Où flotte à travers la campagne

    L’odeur de vanille qu’exhale

    La poussière humide des routes.

     

    L’hirondelle joyeuse jase.

    Le soleil déclinant se croise

    Avec la nuit sur les collines ;

     

    Et son mourant sourire essuie

    Sur la chair pâle des glycines

    Les cheveux d’argent de la pluie.

     

    charles-guerin.jpgCharles GUÉRIN —

    Le cœur solitaire (Paris, Mercure de France, 1898)



     

    Ete-.jpg