Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Ma bibliothèque - Page 15

  • PAGE D'HISTOIRE N°8

    GM-01.jpgParce que la nostalgie est intimement liée à l'émotion, savourons le plaisir de conseiller un excellent livre d'histoire. Un vrai, comme on les aime, parmi ceux qui savent faire la part entre la légende, toujours suspecte, et la réalité, rarement exaltante...

    En s'attaquant à l'affaire Guy Môquet — enquête sur une mystification officielle — on pourrait penser que les auteurs, Jean-Marie Berlière et Franck Liaigre, aiment jouer les historiens maudits. Parce qu'ils ne font pas partie du sérail médiatique du mandarinat universitaire estampillé « spécialistes de l'Occupation ». Parce qu'ils donneraient l'impression de se poser en redresseurs de torts. Parce qu'ils refusent d'obtempérer à la « caporalisation mémorielle », au risque de « désenchanter le réel », comme ils le confessent d'un air malicieux.

    Leur étude sur fonds d'archives est précise, concise, fort éloquente. L'écriture, assez tonique, donne envie d'aller jusqu'au bout. Un hommage mérité en un temps où l'université ne connaît plus de grande plume.

    En moins de 130 pages, en dehors des annexes et des notes, nos deux experts démontent les ressorts bien huilés de la première mystification française du XXIe siècle : le culte rendu à Guy-Môquet sur l'autel de la concorde républicaine...

    Inutile d'accabler notre petit Nicolas : l'histoire n'a pas attendu son mauvais génie, — l'auguste énarque Guaino —, pour inventer le story-telling, cette cuisine éditoriale où la guimauve hagiographique fait mousser les bons sentiments patriotiques.

    Jean Jaurès, Léon Blum, Mendès-France ne sont-ils pas, à leur manière, des « saints laïcs » ?  Une posture d'intouchables qui dissimule elle aussi, sans doute, une part de mystification, propice à nourrir les rêves du peuple de gauche. Autant dire que l'histoire des impostures a de beaux jours devant elle...

    Sans artifice ni concession, la démonstration de MM. Berlière et Liaigre est d'autant plus remarquable qu'elle dérange.

    Elle s'appuie tout d'abord sur des archives et des faits que des historiographes partisans ont préféré laisser de côté.

    Elle jette aussi un regard sans complaisance sur la redoutable manipulation de la classe ouvrière par le parti communistes français, gardien et inventeur de sa propre histoire.

    Elle se plaît enfin à ringardiser un peu plus « l'école résistancialiste » qui s'échine, à coups de subventions et de commémorations, à ériger la Résistance en un puissant vecteur de valeurs humanistes, comme si la muse Clio pouvait se permettre de donner des leçons de morale, déguisées en instruction civique.

    Les vrais livres d'histoire, eux, à l'image de celui-ci, ont la décence de laisser le lecteur seul juge. Parce qu'un citoyen éclairé n'a que faire d'une histoire officielle...

     

    GM-03.jpg

    BERLIÈRE (Jean-Marc) & LIAIGRE (Franck) - L'affaire Guy Môquet - Enquête sur une mystification officielle - (Paris, Larousse, octobre 2009, 160 pages, 12 €)

     

    GM-02.jpgNB- En clin d'œil à la couverture de ce livre, une anecdote historique pour celles et ceux qui empruntent, comme moi, l'inconfortable ligne 13 du métro parisien.

    C'est le 27 janvier 1946 que la station Marcadet-Balagny a changé de nom pour célébrer la mémoire de Guy Môquet, le plus jeune des prisonniers fusillés au camp de Châteaubriant le 22 octobre 1941. Exécuté à 17 ans, le jeune homme est devenu la figure emblématique de l'engagement communiste dans la Résistance, et la référence éponyme de la dialectique Sarkozyste ...

     

     

  • IDENTITÉ FRANÇAISE N°1

    DDHC.jpgLa nostalgie serait-elle subversive ? La question vient naturellement à l'esprit lorsqu'on prête attention au grand débat sur « l'identité nationale » que le gouvernement vient de lancer.

    L'intitulé et le contenu de la question posée  — « qu'est-ce qu'être Français ? » — semblent indisposer les belles consciences abonnées des plateaux de télévision. Curieuse posture à la mode de chez nous : comme si la dictature intellectuelle de la « diversité », traduction moderne du cosmopolitisme, rendait indécente cette initiative ministérielle.

    Si la question dérange, sans doute est-ce tout simplement parce que la réponse ne va plus de soi.

    Pire encore, le fait que le gouvernement s'empare du débat signerait-il la capitulation en rase campagne de la pédagogie républicaine qui osait jadis inculquer aux écoliers les qualités substantielles de la citoyenneté française ?

    À l'exemple du livre que je vous présente aujourd'hui, le marché de l'édition de la fin du XIXe siècle rivalisait d'imagination pour mettre en scène l'identité française, à une époque où la fragile République osait revendiquer ses valeurs fondatrices.

    « Tu seras citoyen », écrit pas un certain Émile Ganneron, secrétaire rédacteur au Sénat ( !), est un roman scolaire qui, en digne précurseur du « story-telling », met en scène les droits et les devoirs du citoyen, au fil d'anecdotes les plus banales de la vie quotidienne.

    Imaginons que ce livre circule aujourd'hui dans les écoles primaires du XXIe siècle : quel concert d'indignation ne soulèverait-il pas parmi les beaux esprits ?!

    Alors juste pour le plaisir de les agacer un peu plus, inaugurons cette nouvelle rubrique qui s'amusera à distiller des vérités fondamentales qui, d'un siècle à l'autre, ont forgé notre identité nationale. Même si, aujourd'hui, cela ne semble pas plaire à tout le monde...

    Tu seras Citoyen.jpg

     

     

     

    EXTRAIT —

    « De nombreux et d'excellents ouvrages racontent les belles actions des grands citoyens qui se sont illustrés en se dévouant à leur patrie, en se sacrifiant pour elle. Nous avons voulu monter qu'à côté de ces hommes exceptionnels devant lesquels chacun s'incline, il y a place dans une nation pour des citoyens plus modestes qui, en accomplissant leurs devoirs avec zèle et avec fidélité, rendent de si éminents services à la société. C'est du nombre de ces citoyens que dépendent la grandeur et la prospérité d'un pays et nous serions bien récompensés de nous efforts si la lecture de notre livre pouvait réussir à l'augmenter dans notre France bien-aimée. »

    Source : GANNERON (Émile) - Tu seras Citoyen - Livre de lecture sur les droits et les devoirs du citoyen - cours moyen et cours complémentaire - (Paris, Armand Colin et Cie éditeurs, s.d., vers 1910)

    DDHC-01.jpg

     

     


     

  • RAVISSANTE RÉCITATION N°8

    fables-de-florian-.pngSous le charme d’une fable, nostalgie et poésie font cause commune pour donner à la vertu un semblant d’éternité.

    Mieux que tout autre, Florian savait conjuguer malice et moralité, comme l’illustre cette fable méconnue, à la gloire de la posture exemplaire dont un prince digne de ce nom ne doit jamais se départir.

    En toute chose, à l’endroit de ses sujets, il doit savoir se priver, se retenir, se contenir : une vérité monarchique qui vaut aussi en République.

    Pour le cas où le doute nous gagnerait, employons-nous à promouvoir dans les écoles cette récitation hautement républicaine…

     

     

    Le roi de Perse

    Un roi de Perse, certain jour,

    Chassait avec toute sa cour ;

    Il eut soif, et dans cette plaine

    On ne trouvait point de fontaine.

    Près de là seulement était un grand jardin,

    Rempli de beaux cédrats, d’oranges, de raisin.

    « À Dieu ne plaise que j’en mange !

    Dit le Roi, ce jardin courrait trop de danger :

    Si je me permettais d’y cueillir une orange,

    Mes vizirs aussitôt mangeraient le verger. »

     

    FLORIAN

    images58kv8wa.jpg