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Postage & Vintage - Page 5

  • ACTU & NOSTALGIE N°69

    3.3-Mai - copie.jpgComme la nostalgie adore comparer le présent au passé, mettons le mois de mai à l’épreuve de la méfiance que lui inflige la tradition. Quand bien même « Mai, comme un jeune prodigue, égrène ses trésors », selon la promesse réjouissante de Théophile Gautier, une sagesse empirique de bon aloi nous met en garde contre l’action parasite des saints de glace. Preuve que les jardiniers ont raison de ne pas trop écouter les poètes !

    Par un curieux revers de la médaille mémorielle, le trio de nos saints de glace sait se rappeler à nous jusqu’à insuffler un grain de poésie dans son fidèle rendez-vous, au cours duquel nous avons toutes les bonnes raisons de disserter sur la pluie et le beau temps. Pour le plus grand plaisir des jardiniers…

     

    Le sentier

     Il est un sentier creux dans la vallée étroite,

    Qui ne sait trop s’il marche à gauche ou bien à droite.

    — C’est plaisir d’y passer, lorsque Mai sur ses bords,

    Comme un jeune prodigue, égrène ses trésors ;

    L’aubépine fleurit ; les frêles pâquerettes,

    Pour fêter le printemps, ont mis leurs collerettes.

    La pâle violette, en son réduit obscur,

    Timide, essaie au jour son doux regard d’azur,

    Et le gai bouton d’or, lumineuse parcelle,

    Pique le gazon vert de sa jaune étincelle.

    Le muguet, tout joyeux, agite ses grelots,

    Et les sureaux sont blancs de bouquets frais éclos ;

    Les fossés ont des fleurs à remplir vingt corbeilles,

    À rendre riche en miel tout un peuple d’abeilles.

    Sous la haie embaumée un mince filet d’eau

    Jase et fait frissonner le verdoyant rideau

    Du cresson. — Ce sentier, tel qu’il est, moi je l’aime

    Plus que tous les sentiers où se trouvent de même

    Une source, une haie et des fleurs ; car c’est lui,

    Qui, lorsque au ciel laiteux la lune pâle a lui,

    À la brèche du mur, rendez-vous solitaire

    Où l’amour s’embellit des charmes du mystère,

    Sous les grands châtaigniers aux bercements plaintifs,

    Sans les tromper jamais, conduit mes pas furtifs.

    Source : GAUTIER (Théophile) — Premières Poésies in Œuvres de Théophile Gautier — Poésies (Paris, Lemerre, 1890, Volume 1)

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    Source : Cours SCHWEITZER — Album de planches en couleur (Paris, Librairie Armand Colin, 1908)

    §

    Méfions-nous des saints de glace !

    En mai, les jours augmentent de 1h 16mn, la température s’élève d’une manière très sensible. Cependant certaines journées du mois sont encore froides et les agriculteurs redoutent avec raison l’effet désastreux des gelées tardives. Ces gelées de mai peuvent se produire, soit parce que sous l’influence des vents du nord la température générale de l’air s’abaisse au-dessous de zéro, soit parce la température du sol s’abaisse par rayonnement au-dessous de zéro, la température de l’air pouvant être d’ailleurs de 3° ou 4°.

    Ces gelées de mai peuvent arriver à une époque quelconque du mois, mais il a été bien constaté, depuis de longues années, qu’il y a toujours un refroidissement de la température vers les 11, 12 et 13 mai. Cette remarque n’avait pas échappé à l’esprit observateur des agriculteurs, qui donnaient aux saints Mamert, Pancrace et Servais, auxquels sont consacrés ces trois jours de mai, les noms de saints de glace.

    On raconte que le grand Frédéric se promenait, le 1er mai 1780, sur les terrasses du palais de Sans-Souci. L’air était tiède, le soleil chaud. Le roi s’étonna que les orangers fussent encore renfermés. Il appela son jardiner, et lui ordonna de faire sortir les arbres. « Mais, sire, lui objecta le jardinier, vous ne craignez donc point les trois saints de glace ? » Le roi philosophe se mit à rire et renouvela son ordre. Jusqu’au 10 mai tout alla bien ; mais le jour de saint Mamert, le froid survint ; le lendemain, jour de saint Pancrace, la température baissa davantage, et il gela fortement dans la nuit qui précéda la fête de saint Gervais. Les orangers furent gravement endommagés.

    Source : LÉVY (Albert) — La Légende des Mois (Paris, Librairie Hachette et Cie, 1879) 

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  • ACTU & NOSTALGIE N°68

    Mars-.jpgComme la nostalgie adore radoter qu’il n’y a « vraiment plus de saison », risquons-nous à célébrer le printemps avec la prudence qu’il commande.

    D’ailleurs peut-on vraiment faire confiance au mois de mars, avec ses trente-et-un jours capricieux qui s’amusent à déjouer tous les dictons ?

    Selon les années, il donne l’impression d’un retour à l’hiver. Ou alors il installe durant quelques jours un avant-goût de l’été, si promptement qu’il donnerait presque du grain à moudre aux prophètes aguerris du réchauffement climatique.

    Assez d’inconstance et de déconvenues pour alimenter les seules conversations qui ne fâchent personne : parler de la pluie et du beau temps.

    Déconcertant, Insaisissable, imprévisible, mars a quand même le mérite de décréter à lui tout seul que l’hiver est dernière nous. Une façon comme une autre pour nous abandonner à des « pensées positives », celles que la nature met en éveil, tel un éternel recommencement. Preuve en vers avec cette poésie gentiment médiévale qui, en notre XXIe siècle si blasé, a su garder son charme intact. Raison suffisante pour le (ré)apprendre par cœur !

     

    Le Printemps

     

    Le temps a laissé son manteau

    De vent, de froidure et de pluie,

    Et s’est vêtu de broderie,

    De soleil luisant, clair et beau.

    Il n’y a bête et oiseau

    Qu’en son jargon ne chante ou crie :

    « Le temps a laissé son manteau

    De vent, de froidure et de pluie. »

     

    Rivière, fontaine et ruisseau,

    Portent en livrée jolie

    Gouttes d’argent d’orfèvrerie.

    Chacun s’habille de nouveau ;

    Le temps a laissé son manteau

    De vent, de froidure et de pluie.

     

    Charles d’ORLÉANS

     

    Charles-.jpgÀ propos de l’auteur —

    Charles d’ORLÉANS (1394-1465)

    Au cours de sa longue captivité aux mains des Anglais, ce fils de Louis 1er, duc d’Orléans — frère de Charles VI, roi de France — s’adonne à la poésie, une passion que lui avait léguée sa mère, Valentine de Milan.

    La tradition l’érige en héritier de la tradition courtoise des trouvères.

    En vingt-cinq ans de détention, il rédigea plus de six cents œuvres, riches de chansons, ballades, complaintes et rondeaux.

     §§§

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    Printemps.jpg Source: Cours SCHWEITZER — Album de planches en couleur (Paris, Librairie Armand Colin, 1908)

  • NOSTAL-ZIK N°05

    Comme la nostalgie porte souvent un regard attendri sur les moments datés, — parfois même un peu trop figés sur leur époque —, amusons-nous à réécouter « Février de cette année-là », dans une version guitare joliment dépouillée.

    Avec sa barbe à la Bakounine, ce Maxime Le Forestier de l’année 1973 se la jouait révolutionnaire inspiré, surfant sur la mode des « chansons engagées ». Des mélodies qui n’engageaient guère que les bonnes consciences de la bourgeoisie libertaire d’alors.

    Au gré d’un texte célébrant sa date anniversaire (1949), la chanson évoque certains événements contemporains que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Et la ritournelle de nous répéter que « sur le calendrier, au mois de février, les jours allongent peu à peu »… Une bonne nouvelle à savourer chaque année qui méritait bien une chanson, sans même qu'elle ait besoin d’être « engagée » !