03 septembre 2009

ACTU ET NOSTALGIE N°12

maurice-chevalier.jpgLa nostalgie aime parfois entretenir l’ambiguïté, comme en témoigne le très discret anniversaire du 3 septembre 1939, ce sombre dimanche où la France et l’Angleterre ont déclaré la guerre à l’Allemagne.

Parce que la France n’aurait rien vu venir neuf mois durant, — ou plutôt rien voulu savoir — la mémoire populaire s’amuse encore de cette « drôle de guerre », signature pathétique de la désinvolture française face à l’ennemi, et de la confiance aveugle en notre armée invincible…

Après le cinglant réquisitoire de Marc Bloch sur « L’étrange défaite », écrit dès 1940, inutile d’épiloguer sur la cécité politique de Blum et Daladier.

Côté ambiance, ce 3 septembre nous deviendrait presque sympathique : la chanson éponyme de l’époque, — « D’excellents français » —, symbolise pour l’éternité le béat optimisme de nos aïeux. Témoignage consternant d’une joie communicative, à la façon gouailleuse des chansonniers. Mais l’histoire ne nous raconte pas ce que nos soldats pensaient de Maurice Chevalier en mai 1940…

L’archéologie de l’imposture républicaine reste à inventer.

Alors juste pour le plaisir de l’ambiguïté nostalgique, réécoutons le « p’tit gars de Ménilmontant » qui s’accommoda assez bien, paraît-il, de l’Occupation allemande.

http://www.youtube.com/watch?v=K4SW8VIJxUM


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14 juillet 2009

ACTU ET NOSTALGIE N°10

01-14VII2009.JPGTelle l'histoire, la nostalgie ne se répète pas ; elle bégaie. Le défilé militaire célébrant notre Fête nationale ne déroge pas à l'adage.

L'an dernier, un petit éclairage historique justifiait son évocation. — Cf Page d'histoire n°3 http://nostaljg.hautetfort.com/tag/14+juillet

Cette année, l'humble badaud que je suis, cramponné aux barrières jalonnant les Champs-Élysées, a voulu vivre de près cet insigne hommage à l'armée française. Comme une séquence émotions.

Bien sûr, ce n'est pas « comme à la télé ». Nous n'avons pas droit aux commentaires avisés du consultant de service qui assiste un journaliste bavard. Nous ne profitons pas des images aériennes retransmises par l'hélicoptère qui sillonne le ciel. Et nous ne percevons rien des mines plus ou moins réjouies des ministres alignés en rang d'oignons sous la tribune officielle.

Vu du trottoir, ce défilé prend l'allure de la ferveur populaire, poliment acquise au prestige astiqué de notre Défense nationale. Dans la foule bigarrée, chacun y va de son petit commentaire : des seniors s'amusent à identifier le nom des chants militaires, de sympathiques touristes japonais décryptent la brochure du programme officiel, des enfants sages attendent le passage des « motos de policiers ».

La garde républicaine, les gendarmes et les pompiers ont le privilège d'applaudissements nourris. « Comme chaque année », me souffle un quidam habitué de ce rite républicain.

Et comme chaque année, le charme de la nostalgie opère : la Nation communie avec son armée. Parce que l'histoire sait ce jour-là nous rappeler « l'impôt du sang », en réveillant un petit sursaut d'élan patriotique sur « la plus belle avenue du monde ».

 

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« Honneur et Patrie » : l'étendard rappelle le sens du devoir

 

 

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La garde républicaine accompagne la voiture du chef de l'État : un protocole solennel signant l'identité française

 

 

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Le président de la République salue à sa droite. Mais je suis sur le trottoir de gauche. Ce qui ne préjuge en rien de mes convictions...

 

 

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Les soldats du feu : à l'applaudimètre, ils seront toujours en tête du cortège.

 

 

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Affiche irrévérencieuse : un mauvais garçon semble narguer notre armée.

 

 

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25 juin 2009

ACTU ET NOSTALGIE N°9

conseil-des-ministres.jpgLa nostalgie trouve-t-elle sa place dans la nouvelle pratique républicaine ?

La question n'est pas incongrue lorsqu'on observe le matraque dialectique qui a accompagné le dernier remaniement ministériel.

 Bien que notre constitution, dans son article un, érige la France en une « République indivisible », assurant « l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion », le zélé clergé médiatique célèbre à l'envi une nouvelle vertu républicaine : la « diversité »...

 Le signifiant, - synonyme de richesse, de tolérance, d'ouverture d'esprit -, est flatteur, certes. Mais le signifié peine à dissimuler un artifice sémantique de langue de bois, tout acquis à la dictature émolliente du consensus.

 Diversité : ce substantif « politiquement correct » nous donne l'illusion de la parfaite représentativité de la « France d'en haut », à l'issue d'un remaniement ministériel aux allures de casting cinématographique.

 Au nom de la diversité, il convient de nommer X ou Y,  « brillantes françaises d'origine maghrébine ou africaine ». Comme si cette AOC ethnique suffisait à garantir la compétence et à démontrer la magnanimité condescendante de la Nation à l'endroit des heureux nouveaux ministres. Comme si la République devait désormais décliner le pedigree racial de ces élites, en témoignage d'une « intégration exemplaire » qui agrémente la vitrine de la modernité.

 Au nom de la diversité, il faut aussi promouvoir ministre une personnalité sympathique et populaire, étiquetée « Vu à la télé ». La proximité passe désormais, paraît-il, par le grand écran plat à technologie HD. Et la crédibilité procède exclusivement de l'audimat.

 Au nom de la diversité, il faut encore éjecter sans ménagement celles et ceux qui se sont défoncés... pour céder la place à d'autres qui se défonceront aussi, « au service de la République française ». On nous invite alors à oublier les premiers et à admirer les seconds. Parce qu'un bon citoyen doit avoir la mémoire courte.

 Comble de l'ironie, la langue de bois réveille une maxime cynique du Père la Victoire, Georges Clemenceau : « La reconnaissance n'est pas une vertu démocratique. »

 Un théorème séculaire promis à l'éternité.

Miroir d'une époque où le langage politique assumait ses propres turpitudes. Assez de quoi nourrir un peu de nostalgie... républicaine.

 

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30 décembre 2008

2009

 

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09 octobre 2008

ACTU ET NOSTALGIE N°5

L'Ecole de Papa.jpgAbondance de promo ne nuit pas…

Au moment où sort en librairie mon (magnifique) album L’ÉCOLE DE PAPA, le Ministère de l’Éducation nationale laisse entrevoir une énième remise en cause de l’enseignement de l’Histoire, comme si le vent de la nostalgie ne suffisait pas à son bonheur.

 L’incorrigible « bien-pensant » que je suis ne peut être suspecté de mauvais esprit à l’égard de Xavier Darcos, lui-même professeur d’histoire !

 Certes, une grande réforme est toujours pavée de bonnes intentions. Mais celles qui préfigurent le « Nouveau Lycée » m’autorisent à en douter…

Rationaliser l’enseignement en classe de seconde sur la base d’un tronc commun et réogarniser l’année scolaire sur deux semestres sont de louables objectifs, propices à dépoussiérer cette institution napoléonienne, vieille de deux cents ans.

Histoire 01 copie.jpgMais supprimer dudit « tronc commun » l’enseignement de l’histoire est, à mon humble avis, une vraie mauvaise idée :

- Jadis l’histoire fut déjà, sur un autre niveau d’enseignement, rétrogradée parmi de vagues « disciplines d’éveil » avant qu’elle ne soit réhabilitée. Pourquoi alors vouloir à nouveau la rabaisser ?

- Éluder l’enseignement de l’histoire ne contrevient-il pas à cet obscur « devoir de mémoire » que de grands esprits ont inventé pour culpabiliser les jeunes générations, déjà peu instruites des grandes brûlures du tissu national ?

- Faire l’impasse sur cet enseignement, en reniant  « l’éveil à la citoyenneté », n’est-ce pas surtout faire injure à la « Mémoire des Peuples » que célébrait le sage Michelet, en un siècle pétri d’humanisme ?

Pourquoi ressortir de la Boîte de Pandore une mauvaise idée que l’on a déjà regrettée naguère ? Témoignage pathétique d’une Gouvernance qui perd elle-même la mémoire…

 

 Jules réveille-toi, ils sont devenus fous !

 

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04 octobre 2008

ACTU ET NOSTALGIE N°4

Constit 01.jpgLe juriste dévoyé que je suis ne peut laisser filer cette date historique, célébrant le 50ème anniversaire de notre Loi fondamentale, notre inoxydable « Constitution du 4 octobre 1958 ».

Comme si la nostalgie avait soudain le bon goût de courtiser Thémis qui a toujours pris le malin plaisir à me tourner le dos.

 Une nostalgie qui garde un  petit arrière goût d’ennui, en souvenir des matins blafards où je me rendais à la sinistre Rotonde - l’annexe de la Faculté de droit de Clermont-Ferrand - pour suivre, dans un amphi enfumé, bondé d’étudiants chahuteurs,  un cours de droit constitutionnel à la pointe de l’année 1978. Époque où de « brillants constitutionnalistes » insistaient  sur le danger d’une « alternance politique qui serait fatale à des institutions taillées sur mesure pour le Général de Gaulle ».

Depuis lors, l'eau a coulé sous ce pont aux ânes. L’alternance n’a même pas ébranlé nos institutions. Et les gaullistes orthodoxes, jetant l’anathème sur ceux qui osé égratigner les Tables la Loi, ont une « petite gueule bien pathétique »

Cette nostalgie rime aujourd’hui avec ironie. La veille même de ce cinquantenaire, s’est éteint Jean Foyer, garde des Sceaux du général de Gaulle, un des pères de la Vème République, à quelques jours du discours commémoratif qu’il devait prononcer.  

Implacable roue du temps : le Comité d’experts que Michel Debré avait réuni autour de lui pour rédiger notre texte constitutionnel, ne ressemblera bientôt qu’à un cimetière de grands juristes abandonnés à l’ingratitude de notre oublieux XXIème siècle.

Cette même nostalgie rimera aussi peut-être avec sympathie. Si Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, avait la sympathique idée de lever un petit secret qui me taraude. Dans mon vieil amphi clermontois, le vénérable Doyen René Chiroux insinuait avec malice que Michel Debré aurait aidé son fils Jean-Louis en lui filant en douce quelques notes sur les travaux confidentiels de la Commission consultative constitutionnelle. Une aubaine pour la thèse de droit qu’il préparait alors !

Allez Jean-Louis, profite de ce splendide anniversaire pour lever ce petit secret de la Vème République. Avoue avec panache. Repends-toi.  Il y a prescription. La jolie Thémis ne t’en voudra pas. Et la République encore moins…

 

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19 avril 2008

ACTU ET NOSTALGIE N°2

339402153.jpgLa nostalgie peut-elle être malsaine ?
La question nous vient à l’esprit au détour de la (vaine) polémique que de beaux esprits agitent au sujet de l’exposition « Les Parisiens sous l’Occupation » qui nous présente des photographies inédites, et en couleurs, d’André Zucca, correspondant de guerre, requis par les Allemands pour mettre son talent au service du magazine de propagande Signal, le Paris-Match de l’époque, version gentiment nazie.
Pour le magazine L’Express, paru le 17 avril, ces clichés « auraient peut-être mérité d’être présentés avec plus de pincettes ». Une réserve prudente qui sent bon le « politiquement correct ». Comme si l’esthétisme de ces photos devait nous donner mauvaise conscience. Comme si la nostalgie pouvait receler des charmes honteux, que la sentencieuse Histoire aurait le devoir de dénoncer.

939985775.jpgCette fresque de la vie parisienne sous l’Occupation fut réalisée, bien sûr, pour séduire et rassurer. Et aujourd’hui encore, la magie opère : les rues de la Capitale baignent de soleil, l’air semble léger, l’ambiance sereine, les femmes élégantes, les Allemands souriants. Bref, rien à voir avec les « années noires » que cultive notre mémoire collective, engoncée dans une révérencieuse compassion.
Mémoire collective, mémoire sélective ? Nous « qui ne pouvons juger parce que n’avons pas connu cette époque », comme aimaient le répéter nos parents pour nous clouer le bec, nous pouvons seulement nous souvenir de ce qu’on a bien voulu jadis nous enseigner.
Dans les livres d’école, le tableau de « la France occupée » (Cf extrait ci-dessous) nous présentait un tout autre décor, où le chaos le disputait à l’abattement. Version gentiment républicaine, auréolée par le sublime dénouement de la Libération de Paris, à la gloire de ceux qui ont choisi le sursaut contre la résignation.

Les générations passent, l’Histoire officielle trépasse. Et la Vérité triomphe peu à peu avec son long cortège de nuances que célèbre à merveille l’irénisme à la française. Certes « on ne vivait pas bien sous l’Occupation », mais « il fallait bien vivre quand même »… Et grâce à l’étrange résonance de ce « quand même », ponctué de dépit ou de fatalisme, on comprend aujourd’hui qu’il est indécent de juger.
Conjuguer nostalgie et pédagogie, n’est-ce pas tout ce qu’on demande à une belle exposition ? Remercions alors l’artiste André Zucca pour s’être si bien dévoué à l’Alllemagne nazie. Sans lui, dans notre imaginaire, Paris occupée serait vraiment trop grise…

Pour en savoir plus :
http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=145&document_type_id=2&document_id=50952&portlet_id=11706

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Source : AUDRI (E.) & DECHAPPE (M. & L.) – Histoire de France – Images et récits –
(Limoges, Charles-Lavauzelle et Cie éditeur, 1968)

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Source : GAUTROT LACOURT (J.) & GOZÉ (E.)- Premier livre d’Histoire de France
(Paris, Éditions Bourrelier, 1953)









10 mars 2008

ACTU ET NOSTALGIE N°1

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« L'histoire ne se répète pas, elle bégaie ». Par cette pensée profonde, Karl Marx, grand théoricien du matérialisme historique, a voulu nous mettre en garde sur les raccourcis faciles que notre (mauvais) esprit est parfois tenté d’emprunter.
« Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est purement fortuite » ? On aimerait s’en convaincre. Mais l’actualité nous laisse parfois des impressions de déjà vu, de déjà lu, de déjà vécu qui nous apprendraient presque à devenir philosophe.
Cette NOUVELLE RUBRIQUE n’a pas cette prétention bien sûr. Elle se contentera de sourire aux « info trop bien ciselées » que nous servent nos révérencieux magazines hebdomadaires. Et surtout de faire la part belle à d’étranges réminiscences historiques, aussi troublantes que bégayantes.
Parce que l’actualité fait souvent la part belle à la nostalgie. Et parce que la nostalgie offre à l’actualité un faux air de respectabilité…


SOURCE VISITÉE : Interview de Madame Carla Sarkozy in L’EXPRESS, 14 février 2008

MON HUMBLE AVIS :
Avec l’interview exclusive de la « Nouvelle Première Dame de France », L’Express veut lui aussi « se la jouer bling-bling »… L’essai est réussi. Subtil mélange de questions politico-pipolesques, ton pseudo intimiste, minauderies photogéniques : aucun ingrédient ne manque. Mieux encore, le message est édifiant :
1/ Nicolas est un mari merveilleux. On n’est pas en droit d’en douter.
2/ Carla aime beaucoup la musique. Tant mieux pour elle.
3/ L’Élysée est « un endroit magique ». Tant pis pour nous, qui ne pouvons en juger.

Entre les lignes de cette béatitude républicaine, elle dévoile une conception délicieusement nunuche de « l’univers politique ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! Carla cache bien son jeu. Réfléchissons un peu.
Selon la légende dorée, c’est un grand prêtre de la com’ socialiste qui a présenté Carla à Nicolas, et de un.
Carla entend rester fidèle à sa conscience de gauche, et de deux.
Carla est désormais l’épouse du président de la République, et de trois.
Conclusion : Carla est en mission commandée du PS pour infiltrer l’appareil d’État et pour compromettre le petit Nicolas. Carla Bruni ou Mata Hari ? En voilà une vraie info romanesque ! Et si c’était faux ?
À suivre donc, sans injurier l’avenir, ni la nostalgie…

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