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Mon humble avis - Page 8

  • ACTU & NOSTALGIE N°35

    Carte-electorale.jpgLa nostalgie se reconnaîtrait-elle dans le scrutin législatif ? Aussitôt posée, la question nous propulse vers une lointaine époque où le tempérament français se nourrissait d’un antiparlementarisme primaire. Tout au long des années trente, il est vrai, les scandales politiques étaient assez nombreux pour donner du grain à moudre à l’humeur frondeuse de nos aïeux.

    Si les élections législatives font aujourd’hui la part moins belle aux notables bedonnants jouant d’influences plus ou moins occultes, il n’en demeure pas moins que la perception de ce scrutin recèle la même ambiguïté dans l’esprit des électeurs… Surtout depuis que notre vénérable Ve République voue un culte respectueux au scrutin de circonscription.


    SCRUTIN AMBIGU

    Comme notre député est réputé être « représentant du peuple et élu de la nation », — souveraineté nationale oblige, selon l’article 3 de notre Constitution —, il n’a en théorie aucun compte à rendre à ses électeurs. Mais comme il s’agit d’un scrutin uninominal majoritaire à deux tours, impossible pour un candidat, et encore moins pour le député sortant, de nier le rapport direct de légitimité qui le lie aux électeurs de son ressort territorial.

    Dès lors, chaque élection législative demeure prisonnière des mêmes ambiguïtés : s’agit-il de donner une majorité parlementaire au nouveau président de la République ou de contribuer à l’équilibre des pouvoirs en exprimant le souhait d’une « cohabitation institutionnelle » ? S’agit-il d’approuver ou de désavouer une politique nationale ou des promesses d’actions locales, plus perceptibles et plus rationnelles pour une démocratie de proximité ? S’agit-il de souscrire au programme d’un parti politique ou d’exprimer l’attachement que l’on porte à une personnalité locale ?

    Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les sensibilités lors d’un scrutin législatif d’autant plus qu’il se prête à 577 élections locales !

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    AMATEURISME DÉBRIDÉ

    Cette confusion dialectique est mieux encore orchestrée depuis que le marketing politique s’est emparé des campagnes électorales, du moins pour les candidats qui se donnent les moyens de leur ambition…

    Si elle n’est pas encore une science exacte, la communication politique repose sur des principes élémentaires. Pour mieux conjuguer émotion, séduction et conviction, — les trois qualités que Cicéron attribuait au bon orateur — le message est désormais « segmenté » selon les « cibles prioritaires » en fonction d’un « planning de campagne » méthodique privilégiant les meilleurs supports médiatiques.

    Cette approche rationnelle ne vaut bien sûr que pour les candidats aguerris jouissant d’une solide logistique partisane. Les autres candidats, dont l’amateurisme débridé fait souvent sourire, ont pour mérite de donner tout son charme à la campagne électorale, entre folklore désuet et pas de clerc…

    Pour en avoir un aperçu grandeur nature, comparez les professions de foi que vous venez de recevoir par voie postale et amusez-vous à dénicher « le détail qui tue »

    Juste pour l’exemple, venez explorer le « petit inventaire esthétique » auquel mon blog villageois vient de se livrer sur la propagande électorale de la 3e circonscription du Cher

    Là comme ailleurs, certains candidats ne ratent pas l’occasion de « se tirer une balle dans le pied »… Faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? Tout dépend du zeste de compassion que nous mettons dans l’expression de notre suffrage. 

    Cf. lien ad hoc — http://librherry.canalblog.com

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  • ACTU & NOSTALGIE N°34

    vote, démocratie, politique, élection, président de la République, suffrage, La nostalgie oserait-elle s’aventurer sur le terrain politique ? La question semble de circonstances en pleine effervescence démocratique, quelques jours avant le verdict des urnes.

    Le suffrage universel direct est devenu si consubstantiel de notre Ve République que le clergé médiatique n’ose même plus s’interroger sur sa pertinence… Et pourtant !

    Cinquante ans après la réforme constitutionnelle de 1962 portant élection du président de la République au suffrage universel direct, n’est-il pas aujourd’hui plus légitime que jamais de nous interroger sur le bien fondé de cette dramaturgie républicaine ?

    vote, démocratie, politique, élection, président de la République, suffrage, De toute évidence, le suffrage universel divise plus qu’il ne rassemble : le prochain président de la République sera élu, une fois encore, par une courte majorité de Français. La minorité, résignée ou déçue, ne se reconnaîtra pas en lui. Mauvais départ pour l’homme clef de voûte de nos institutions, censé « assurer, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État. » (article 5 de la Constitution du 4 octobre 1958)

    Dès lors que le suffrage universel suggère une fragile expression de la souveraineté nationale, dès lors que le nouveau président incarne des valeurs et un programme qui ne se soucient guère de l’unité nationale, dès lors que ses décisions et ces initiatives seront toujours dictées par des considérations inspirées du clientélisme électoral, il est permis de douter des vertus incantatoires du suffrage universel direct.

    A cette faiblesse institutionnelle, s’ajoutent les quatre fragiles postulats de l’idéal démocratique.

    En démocratie, paraît-il, chacun a une opinion. Sans chercher à savoir si elle procède de la réflexion ou de la pulsion, positive ou négative. Expression d’adhésion ou de rejet.

    En démocratie, toutes les opinions se valent. Précepte aussi égalitariste qu’optimiste.

    En démocratie, la somme des opinions individuelles forment l’expression de la volonté générale. Une équation jamais vérifiée.

    En démocratie, la volonté générale ne se trompe jamais. Seule l’histoire se rend compte plus tard — et trop tard — des errements démocratiques… et des erreurs fatales.

    Grâce à ces postulats résolument optimistes, la démocratie garde intacte la puissance enchanteresse de son illusion, qu'est venue consacrer la sentence lucide, un rien désabusée, de Winston Churchill : « La démocratie est le pire système de gouvernement, à l'exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l'histoire. »

    Le pire système ? Oui, il faudra bien l’élire « notre » président de la République, devoir civique oblige. Alors permettez-moi d’attendre le 6 mai pour savoir si c’est vraiment le mien… Mais comme le vote est « secret », je ne me sens pas obligé de vous le dire.


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  • ACTU & NOSTALGIE N°33

    Affiche_exhibitions.jpgLa nostalgie serait-elle subversive ? La question donnerait presque mauvaise conscience aux visiteurs de l’exposition Exhibitions, l’Invention du sauvage que le musée du quai Branly présente jusqu’au 3 juin 2012.

     En voulant « poser la question du regard sur l’autre », et à trop vouloir peut-être nous interroger, l’exposition joue avec les anachronismes en osant quelques raccourcis dans les méandres complexes de l’histoire des mentalités. En quoi le racisme goguenard de la Belle Époque, largement entretenu par l’école laïque de Jules Ferry — aussi ministre des Colonies — devrait-il nous inviter à la repentance ? Pourquoi la représentation antique du « bon sauvage » devrait-elle indisposer l’homme du XXIe siècle, naturellement plus ouvert aux vertus de l’humanisme éclairé que ses aïeux ? En quoi « l’air du temps » devrait-il nous faire expier la prétention civilisatrice d’un XIXe siècle pétri de scientisme ?

    Ce parti-pris didactique, — qui s’attribue des vertus pédagogiques sur le registre assez simpliste du « Plus jamais ça ! » —, peine en outre à dissimuler d’autres maladresses, plus étonnantes encore pour un grand musée national.

    En support d’une riche iconographie, souvent empruntée à l’univers caricatural du spectacle, les commentaires déclinent à l’envi l’analogie sémantique entre race et racisme. Comme si le mot race, parce qu’il fut trop longtemps voué à une acception péjorative, devenait un gros mot de la langue française. Est-ce par naïveté ou par complaisance ?  L’exposition sent bon le « politiquement correct ». Et rien que pour ce travers rhétorique, si délicieusement en phase avec la « bien-pensance à la mode de chez nous », elle vaut vraiment le détour.

    Autre surprise, assez déconcertante : entre « l’invention du sauvage » et la fascination pour les difformités physiques, l’exposition mélange à souhait les représentations malsaines de l’altérité, en les renvoyant dos-à-dos dans le folklore désuet des « bêtes de foire », comme si le racisme avait partie liée avec le voyeurisme.

    De toute évidence, cette simplification anthropologique nuit à la démonstration : si le racisme appartient aux préjugés d’un autre âge, les disgrâces physiques se prêtent encore à une curiosité décomplexée, comme en témoigne ce site « médical » présentant « les records du monde les plus incroyables de 2012 ». Comme quoi l’exhibition de corps humains différents est, encore de nos jours, propice à la distraction beaucoup plus qu’à l’indignation…

    Cf. le lien ad hoc — http://sante.planet.fr/humour-sante-les-records-du-monde-plus-incroyables-de-2012.181877.103.html?xtor=EPR-26-182641[Medisite-a-la-Une]-20120405

    Dernier soupir d’agacement pour les puristes de la muséographie : l’exposition révèle d’étranges indices d’à-peu-près. Certaines légendes explicatives, rédigées en petits caractères, ont le don d’agacer nos yeux plongés dans la pénombre. Plus consternant encore : les commentaires muraux recèlent une petite collection de fautes d’orthographe et de syntaxe. Certaines phrases, lourdes et pompeuses, semblent même empruntées au pataouète kamtchatka. Prouesse ethnographique d’acculturation française !

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    Message explicite de cette image extraite de la presse enfantine de la fin du XIXe siècle :

    c'est le "bon blanc" qui est victime de l'exhibition...



    L'exposition choc de Lillian Thuram par lefigaro