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Mon échiquier - Page 5

  • ENFIN UN JEU DÉMOCRATIQUE !

    alice.jpgLa nostalgie a-t-elle encore assez de charmes pour embellir le « noble jeu »

    Les progrès technologiques nous permettent d’en douter, surtout depuis que de puissants logiciels ont mis à mal les « variantes romantiques » du jeu d’échecs, celles que nos ancêtres pratiquaient au XIXème siècle, et dont nous ne cessons d’admirer aujourd’hui encore l’audace fougueuse.

     À en croire la récente actualité, notre jeu préféré est promis, au cours du XXIème siècle, à conjuguer performances informatiques, élégance esthétique et valeurs démocratiques… Rien moins que tout cela !

     C’est ce que vient de nous démontrer avec talent le designer Michæl Marcovici, créateur du premier « jeu d’échecs démocratique » dont chaque pièce intègre une caméra, aidant à choisir entre elles le meilleur coup, et associant le jouer humain au jugement de la position…

     Pièces et pions communiquent entre eux pour échanger leur choix stratégique. Le joueur humain est libre de les interpeller pour les inviter à mieux réfléchir…

     Sur l’échiquier, les objets ont désormais une âme. Reste à savoir si la somme des opinions individuelles forment la « volonté générale », cet alibi décisionnel que seule la démocratie fut capable d’inventer pour asseoir sa légitimité !

     

    Deux sites pour découvrir cette curieuse machine à décider : 

    http://www.gizmodo.fr/2009/02/22/un-jeu-dechecs-aussi-democratique-que-bureaucratique.html

    http://sites.google.com/site/artmarcovici/democratic-chess

     

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  • NOBLE JEU ET BEAU LIVRE N° 6

    Livre Assiac.jpgLa nostalgie embellit le « noble jeu » lorsqu’on prend plaisir à s’immerger dans un vieux manuel d’échecs. « Plaisir des échecs », c’est justement le titre du sympathique livre que j’ai l’honneur de vous présenter aujourd’hui.

    Il s’adresse aux amateurs éclairés, penserait-on de prime abord, parce que son ambition est plus de distraire que d’enseigner, et surtout de mettre à l’épreuve notre perspicacité tactique. Mais le plus humble « pousseur de bois » puisera là l’envie d’apprendre et de progresser au fil des petites merveilles combinatoires qui, pour ajouter à notre bonheur, sont souvent illustrées d’anecdotes savoureuses. Miroir d’une époque où les livres d’échecs savaient aussi nous amuser, loin des démonstrations arides, - aussi cartésiennes que rébarbatives  - dont se satisfont hélas les Grands Maîtres d’aujourd’hui.

     Source : ASSIAC – Plaisir des échecs (Paris, Payot, 1958, 12 sur 18,5 cm, 238 pages)

     

    EXTRAIT-

    "L’élément de chance n’intervient aux échecs que dans la mesure où il est toujours possible à votre adversaire d’être victime d’une crise soudaine de « cécité échiquéenne ». Il peut fort bien arriver, d’ailleurs, que les deux adversaires souffrent simultanément du même mal. Pour être joueur d’échecs on n’en est pas moins homme ; lequel de nous ne garde pas le triste souvenir de quelque cas où, après avoir étudié à fond une combinaison complexe jusqu’au sixième ou septième coup, nous avons laissé une pièce en prise, ou même n’avons pas vu un mat en un coup ?

     Un cas typique de cette « cécité double » se produisit dans la partie Fairhurst-Reshevsky à Hastings, en 1937. Dans la position du diagramme ci-dessous, Reshevsky joue…h6 et quand Fairhurst répondit Dh5, Reshevsky para la menace par…Tf8. À ce moment, et, qui plus est, pendant les trois coups suivants, ni l’un ni l’autre des maîtres ne s’aperçut que les Noirs avaient un gain immédiat, forcé, et de plus très joli."

     

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    Les Noirs jouent et font mat en cinq coups.

    NB- Les experts qui nous communiqueront la combinaison gagnante - dans la rubrique « commentaires » - auront droit à une citation honorifique sur ce blog de très haute tenue culturelle !

     

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  • NOBLE JEU ET BEAU LIVRE N°3

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    Cette semaine, j’ai la plaisir de vous présenter un EXCELLENT ESSAI, beaucoup plus qu’un beau livre, même si la photo de couverture est fort séduisante.

    WENDLING (Thierry).- Ethnologie des joueurs d’échecs (Paris, P.U.F., 2002, 256 pages, 17,5 sur 24 cm)

    MON HUMBLE AVIS -

    L’auteur, joueur d’échecs émérite, dissèque les petites manies qui scellent le pacte tribal unissant les échéphiles chevronnés.
    Dans un style parfois complexe, et un peu lourdingue, flattant les sociologues qui aiment « s’interpeller quelque part au niveau du vécu », il traque avec humour les pratiques rituelles d’un monde minuscule qui se jauge au redoutable mètre étalon du « TAKELLELO »…
    Excellent livre pour se convaincre que les échecs ne sont qu’un jeu, même si certains se plaisent encore à en douter !

    EXTRAIT -

    Le geste, le coup sur l’échiquier ou sur la pendule dramatise l’expressivité de la parole ; le corps sert de technique du langage. L’efficacité de la parole échiquéenne provient aussi de son recours très direct à des actes de langage. Les blitz sont en effet très souvent l’occasion pour les joueurs de proférer des performatifs explicites, c’est-à-dire des paroles ayant la faculté d’agir sur le monde, ce qui est assez rare dans la vie ordinaire (on ne se marie pas tous les jours). Deux performatifs extrêmement importants dans la pratique du blitz sont les expressions « mat » et « tombé ». « Mat » désigne la situation sans issue d’un roi et « tombé » signifie que le temps imparti à la pendule est dépassé. Ces deux mots fonctionnent comme des performatifs dans le cas assez fréquent où un joueur dépasse le temps qui lui était alloué alors qu’il met échec et mat son adversaire. Pour résoudre le paradoxe d’un joueur qui aurait à la fois gagné sur l’échiquier et perdu à la pendule, les joueurs considèrent qu la victoire revient au premier qui énonce le performatif pertinent. Il ne suffit pas de gagner sur l’échiquier ou à la pendule, il faut en plus le dire.
    Enfin, la pendule fonctionne comme un distributeurs de parole. Le joueur à qui il revient de jouer, c’est-à-dire celui dont la pendule tourne, est généralement celui qui parle. Au contraire, s’exprimer sans avoir le trait peut être considéré comme un « coup illégal » par l’adversaire qui répondra éventuellement par une expression comme « Parle pas sur mon temps » et réappuyera sur la pendule alors que c’est toujours à lui de jouer. (Dans ce cas, le joueur se tait pour redéclencher la pendule.) Remarquable s’avère donc être la connaissance mi-intuitive, mi-raisonnée, que les joueurs possèdent de la puissance de la parole. Ainsi utilisée, avec ses pouvoirs psychologiques expressifs, performatifs, la parole vient renforcer, vient doubler l’efficacité des coups joués sur l’échiquier.

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