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Mon échiquier - Page 3

  • LE TOURNOI

    Le-Tournoi-03.jpgLa nostalgie est bienveillante dès qu’elle s’attache à un bon souvenir cinématographique. C’est le cas du film LE TOURNOI que j’ai savouré dans une salle presque vide… Cinq spectateurs tout au plus.

    D’autres indices m’autorisaient à craindre le pire. Les critiques lues ici ou là sont mitigées. Le film, peu distribué sur Paris dès la première semaine, laisse présumer un petit budget de production. Rares sont les films échiquéens qui ont marqué l’histoire du cinéma ou du noble jeu. De surcroît, comment rendre intelligible une dramaturgie sur un espace aussi hermétique que celui de l’échiquier ? Toutes ces pensées n’auguraient rien de bon. Et pourtant j’en suis sorti ravi, ébloui, rassuré : oui, le jeu d’échecs a enfin son « bon film » ! Film français, qui plus est…

    Une comédie humaine autour de l’échiquier

    Le-Tournoi-04.jpgElodie Namer, — formée à l’école de la tété-réalité et à l’écriture de scénarii pour des séries télévisées — réalise là son premier film. Son talent doit beaucoup  à son œil exercé. Sans excès de caricatures ou de clichés faciles, elle dresse un tableau sociologique assez décapant de cette faune étrange qui peuple les tournois d’échecs internationaux. Comédie humaine amusante, parfois glauque, de tout ce que l’élite échiquéenne compte de sales gosses mal élevés, désinvoltes et irrespectueux, autistes ou égotistes, capricieux et jouisseurs, immatures et marginaux. Comme si l’échiquier ouvrait un exutoire féérique à leurs frustrations ou à leur désenchantement du monde. La réalité n’est pas loin. Addiction malsaine et bûcher des vanités s’offrent en joyeux spectacle. Prouesse cinématographique trop rare à l’endroit du noble jeu.

    Sans avoir besoin de résumer l’intrigue — aux nœuds dramatiques subtilement amenés —, gageons que l’amateur éclairé ou le néophyte bon public communieront de plaisir dans l’univers de ce jeu captivant, « trop sérieux pour être un jeu et trop ludique pour être une science » selon le bon mot de Felix Mendelssohn.

    Une réplique culte anti-macho

    Le-Tournoi-02.jpgL’ambiance du tournoi est assez prenante. La tension psychologique est fort bien restituée, sous la pression anxiogène d’un entraîneur national, mi-coach, mi-gourou, antipathique à souhait, tyrannique, lunatique et traitre. Tout pour plaire… Certes les considérations stratégiques — drôle de litanies autour des ouvertures catalane, slave, sicilienne, etc. — ont de quoi déconcerter le profane, mais ne participent-elles pas à taquiner le langage obscur des initiés ?

    La fragilité de ces joueurs grands ados est émouvante, un rien pathétique. Le favori du tournoi brise-t-il son stylo au hasard d’un tic exaspérant ? Et voilà que son capital confiance est ébranlé. En tout joueur d’échecs, sommeillerait un fétichiste superstitieux. C’est vrai que le rite rassure devant l’échiquier. Un rien peut venir troubler le bon ordonnancement des petites manies et s’inviter en mauvais présage…

    La réflexion sur le jeu est bien dosée, enfin. Ni envahissante ni pompeuse. Assez malicieuse pour battre en brèche la proverbiale misogynie des joueurs d’échecs chevronnés. Avec cette réplique-culte qui vient clouer le bec du joueur trop sûr de lui : « Comme quoi on peut faire des choses pas mal sans testostérone… », dixit une jeune championne mi-candide, mi-garce. Un joueur averti en vaut deux.

    Celles et ceux qui resteraient insensibles à la magie du jeu d’échecs n’auront pas perdu leur temps en allant voir ce film. Une autre envie les gagnera vite, pour sûr. Réserver un billet direction Budapest pour découvrir le sublime Hôtel Gellert, lieu de tournage du film. Un pub à peine déguisée de bon aloi. Un sublime chef d’œuvre de l’art nouveau qui fait honneur au noble jeu… bien au-delà d’un film.

     

    NB1- Sans doute mon humble avis est-il altéré par ma pratique addictive du jeu d’échecs ? L’opinion des non-initiés s’avère d’autant plus nécessaire… et tout aussi judicieuse, je n’en doute pas. Les joueurs aguerris, eux, porteront peut-être un regard différent du mien. Libre à eux. Indulgence et respect. « Gens una sumus » — nous formons une seule famille — rappelle le générique du film. C’est la devise de la FIDE, la Fédération Internationale des Échecs. Même pas en rêve ?

    NB2- Pour les fanas des « films échiquéens », Cf. une précédente rubrique consacrée à Joueuse

    http://nostaljg.hautetfort.com/archive/2009/08/06/l-echiquier-desenchante.html 

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    Titre explicite et pièces d’échecs au premier plan, l’affiche du film assume l’évocation du « noble jeu » alors même que sa pratique demeure très marginale en France… Un choix artistique courageux, en clin d’œil au vieux mystère qui rôde autour du « jeu des rois, roi des jeux ».

     

     

  • BIÈRE AMÈRE

    photo.JPGComme la nostalgie, la pratique du noble jeu oscille entre douleur et douceur, surtout au cours des tournois où, de la défaite à la victoire, sévit en nous une étrange tempête d’émotions.

    Ils sont assez rares les récits restituant l’atmosphère si particulière d’un tournoi d’échecs, surtout lorsqu’il s’agit de blitz… Ces parties éclairs où, en moins de cinq minutes, votre talent et votre vanité font cause commune pour terrasser un adversaire coriace, décidé comme vous à gagner !

    Le temps d’une soirée d’été vouée à la joute échiquéenne, j’ai pris le soin de noter des bribes d’émoi et de désarroi, en espérant que les non-initiés auront envie de s’initier aux mystères de l’échiquier. Là où, moins que l’intelligence, triomphe la volonté. Là où l’honneur est sauf, que l’on gagne ou que l’on perde. Là où on apprend l’humilité, sans trop s’en vanter…

    Bonne lecture ! Biere-amere.pdf

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  • NOBLE JEU & BEAU LIVRE N°8

    P1000113.jpgUn vieux manuel d’initiation au jeu d’échecs sourit toujours à la nostalgie. Parce qu’il suffit d’en tourner les pages pour réveiller en nous les souvenirs du joueur débutant, hésitant et étourdi que nous fûmes au moment d’assimiler les règles élémentaires du noble jeu.

    Le « livre rare » que j’ai aujourd’hui le plaisir de vous présenter révèle une authentique pépite d’une certaine ethnologie française du « jeu des échecs », selon la connotation antique de son titre.

    Humble et pragmatique, l’auteur ne se triture pas l’esprit à se demander si le jeu d’échecs est un art, une science ou un sport. Il l’aborde tel qu’il est d’abord et avant tout : « un jeu où il faut réfléchir » !

    Il déplore le faible intérêt que, au cours de l’entre-deux-guerres, ses contemporains portent à l’échiquier, expliquant à lui seul le peu de persévérance qu’ils déploient sur les soixante-quatre cases.

    Il se pose surtout en pédagogue pionnier, voulant convertir « les adeptes du jeu de dames » aux merveilleuses combinaisons dont l’échiquier est le théâtre. Preuve manifeste que le noble jeu ne souffre aucune comparaison…


    EXTRAIT 1 —

    "Il a été écrit sur le jeu des échecs quelques traités savants. Mais hélas, ils sont pour la grande masse des joueurs de véritables grimoires indéchiffrables. Aussi m’a-t-il paru nécessaire de condenser dans ce petit volume le minimum de connaissances nécessaires qi permettront à tous de devenir un bon jouer d’échecs. Contrairement à qui existe dans les autres pays du monde, le jeu d’échec est relativement très peu connu en France. Beaucoup de personnes y jouent, mais peu nombreuses sont celles qui savent bien le jouer. Dans les autres pays d’Europe et en Amérique, ce jeu est bin plus connu. En France, tout le monde le connaît de nom et sait que c’est un jeu où il faut réfléchir. Les étudiants voudraient le connaître, afin d’y trouver le délassement nécessaire, tout en exerçant leur intelligence. Les habitués des cercles, des foyers, voudraient bien y jouer pour changer un peu avec le jeu de dames, de jacquet ou de cartes. Les sportifs ne demandent qu’à l’apprendre pour reposer leurs muscles, tout en développant leur intelligence. Enfin, tout le monde veut l’apprendre, mais personne n’a les moyens nécessaires pour le faire. Aussi, pendant la guerre, soit en tranchées, soit au repos, soit dans les hôpitaux, soit dans les foyers du Soldat, il m’a été donné bien rarement de rencontrer des joueurs d’échecs dignes de ce nom, et quand j’en trouvais, c’étaient généralement de bien maigres débutants n’en sachant même pas les principes les plus élémentaires et ignorant tout de la stratégie. Et aussitôt que l’échiquier était en place, tout le monde aurait voulu connaître ce noble jeu.

    C’est pourquoi j’ai cru utile, pour vous permettre la diffusion du jeu des échecs, de résumer dans cet ouvrage les éléments nécessaires et suffisants qui permettront à tous, non initiés, débutants, amateurs, de devenir un bon jouer d’échecs."

     

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    EXTRAIT 2 —

    "L’origine du jeu d’échecs est toujours restés une chose bien confuse, mais il est très probable qua ce jeu prit naissance dans l’Inde et qu’il fut introduit en Europe par les Arabes. Mais cela importe peu. Il nous suffit de constater que c’est un des plus beaux jeux qui existent, où la chance intervient pour zéro et où le succès de la partie n’appartient qu’au joueur le plus fort. Pour les adeptes ou connaisseurs du jeu de dames qui pourraient douter du nombre et de la beauté des combinaisons que permet le jeu des échecs, il me suffira de leur dire que ce dernier jeu est au jeu de dames comme mille (pour ne pas dire plus) est à un."

     

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    Source : PRUVOT (Charles) — La pratique du jeu des échecs à l’usage des débutants, amateurs, etc

    (Paris, Amand Girard, s.d., 19 sur 12 cm, 92 pages)