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Mes publications - Page 2

  • ACTU & NOSTALGIE N°69

    3.3-Mai - copie.jpgComme la nostalgie adore comparer le présent au passé, mettons le mois de mai à l’épreuve de la méfiance que lui inflige la tradition. Quand bien même « Mai, comme un jeune prodigue, égrène ses trésors », selon la promesse réjouissante de Théophile Gautier, une sagesse empirique de bon aloi nous met en garde contre l’action parasite des saints de glace. Preuve que les jardiniers ont raison de ne pas trop écouter les poètes !

    Par un curieux revers de la médaille mémorielle, le trio de nos saints de glace sait se rappeler à nous jusqu’à insuffler un grain de poésie dans son fidèle rendez-vous, au cours duquel nous avons toutes les bonnes raisons de disserter sur la pluie et le beau temps. Pour le plus grand plaisir des jardiniers…

     

    Le sentier

     Il est un sentier creux dans la vallée étroite,

    Qui ne sait trop s’il marche à gauche ou bien à droite.

    — C’est plaisir d’y passer, lorsque Mai sur ses bords,

    Comme un jeune prodigue, égrène ses trésors ;

    L’aubépine fleurit ; les frêles pâquerettes,

    Pour fêter le printemps, ont mis leurs collerettes.

    La pâle violette, en son réduit obscur,

    Timide, essaie au jour son doux regard d’azur,

    Et le gai bouton d’or, lumineuse parcelle,

    Pique le gazon vert de sa jaune étincelle.

    Le muguet, tout joyeux, agite ses grelots,

    Et les sureaux sont blancs de bouquets frais éclos ;

    Les fossés ont des fleurs à remplir vingt corbeilles,

    À rendre riche en miel tout un peuple d’abeilles.

    Sous la haie embaumée un mince filet d’eau

    Jase et fait frissonner le verdoyant rideau

    Du cresson. — Ce sentier, tel qu’il est, moi je l’aime

    Plus que tous les sentiers où se trouvent de même

    Une source, une haie et des fleurs ; car c’est lui,

    Qui, lorsque au ciel laiteux la lune pâle a lui,

    À la brèche du mur, rendez-vous solitaire

    Où l’amour s’embellit des charmes du mystère,

    Sous les grands châtaigniers aux bercements plaintifs,

    Sans les tromper jamais, conduit mes pas furtifs.

    Source : GAUTIER (Théophile) — Premières Poésies in Œuvres de Théophile Gautier — Poésies (Paris, Lemerre, 1890, Volume 1)

    Armand Colin-16.jpg

    Source : Cours SCHWEITZER — Album de planches en couleur (Paris, Librairie Armand Colin, 1908)

    §

    Méfions-nous des saints de glace !

    En mai, les jours augmentent de 1h 16mn, la température s’élève d’une manière très sensible. Cependant certaines journées du mois sont encore froides et les agriculteurs redoutent avec raison l’effet désastreux des gelées tardives. Ces gelées de mai peuvent se produire, soit parce que sous l’influence des vents du nord la température générale de l’air s’abaisse au-dessous de zéro, soit parce la température du sol s’abaisse par rayonnement au-dessous de zéro, la température de l’air pouvant être d’ailleurs de 3° ou 4°.

    Ces gelées de mai peuvent arriver à une époque quelconque du mois, mais il a été bien constaté, depuis de longues années, qu’il y a toujours un refroidissement de la température vers les 11, 12 et 13 mai. Cette remarque n’avait pas échappé à l’esprit observateur des agriculteurs, qui donnaient aux saints Mamert, Pancrace et Servais, auxquels sont consacrés ces trois jours de mai, les noms de saints de glace.

    On raconte que le grand Frédéric se promenait, le 1er mai 1780, sur les terrasses du palais de Sans-Souci. L’air était tiède, le soleil chaud. Le roi s’étonna que les orangers fussent encore renfermés. Il appela son jardiner, et lui ordonna de faire sortir les arbres. « Mais, sire, lui objecta le jardinier, vous ne craignez donc point les trois saints de glace ? » Le roi philosophe se mit à rire et renouvela son ordre. Jusqu’au 10 mai tout alla bien ; mais le jour de saint Mamert, le froid survint ; le lendemain, jour de saint Pancrace, la température baissa davantage, et il gela fortement dans la nuit qui précéda la fête de saint Gervais. Les orangers furent gravement endommagés.

    Source : LÉVY (Albert) — La Légende des Mois (Paris, Librairie Hachette et Cie, 1879) 

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  • ACTU & NOSTALGIE N°68

    Mars-.jpgComme la nostalgie adore radoter qu’il n’y a « vraiment plus de saison », risquons-nous à célébrer le printemps avec la prudence qu’il commande.

    D’ailleurs peut-on vraiment faire confiance au mois de mars, avec ses trente-et-un jours capricieux qui s’amusent à déjouer tous les dictons ?

    Selon les années, il donne l’impression d’un retour à l’hiver. Ou alors il installe durant quelques jours un avant-goût de l’été, si promptement qu’il donnerait presque du grain à moudre aux prophètes aguerris du réchauffement climatique.

    Assez d’inconstance et de déconvenues pour alimenter les seules conversations qui ne fâchent personne : parler de la pluie et du beau temps.

    Déconcertant, Insaisissable, imprévisible, mars a quand même le mérite de décréter à lui tout seul que l’hiver est dernière nous. Une façon comme une autre pour nous abandonner à des « pensées positives », celles que la nature met en éveil, tel un éternel recommencement. Preuve en vers avec cette poésie gentiment médiévale qui, en notre XXIe siècle si blasé, a su garder son charme intact. Raison suffisante pour le (ré)apprendre par cœur !

     

    Le Printemps

     

    Le temps a laissé son manteau

    De vent, de froidure et de pluie,

    Et s’est vêtu de broderie,

    De soleil luisant, clair et beau.

    Il n’y a bête et oiseau

    Qu’en son jargon ne chante ou crie :

    « Le temps a laissé son manteau

    De vent, de froidure et de pluie. »

     

    Rivière, fontaine et ruisseau,

    Portent en livrée jolie

    Gouttes d’argent d’orfèvrerie.

    Chacun s’habille de nouveau ;

    Le temps a laissé son manteau

    De vent, de froidure et de pluie.

     

    Charles d’ORLÉANS

     

    Charles-.jpgÀ propos de l’auteur —

    Charles d’ORLÉANS (1394-1465)

    Au cours de sa longue captivité aux mains des Anglais, ce fils de Louis 1er, duc d’Orléans — frère de Charles VI, roi de France — s’adonne à la poésie, une passion que lui avait léguée sa mère, Valentine de Milan.

    La tradition l’érige en héritier de la tradition courtoise des trouvères.

    En vingt-cinq ans de détention, il rédigea plus de six cents œuvres, riches de chansons, ballades, complaintes et rondeaux.

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    Printemps.jpg Source: Cours SCHWEITZER — Album de planches en couleur (Paris, Librairie Armand Colin, 1908)

  • ACTU & NOSTALGIE N°66

    Janvier.jpgEn ce début janvier, le plaisir de la nostalgie est de mise puisque le premier jour du mois fut celui des étrennes. Un rite quelque peu désuet, une ambiance oubliée, un mot mystérieux pour celles et ceux qui n’ont pas eu le bonheur de le savourer.

    Associons alors Arthur Rimbaud, le poète maudit, à cette douce réminiscence. Parce que nul autre que lui n’a su aussi bien nous en restituer la magie…

     

    Premier Janvier

    Ah ! quel beau matin que ce matin des étrennes

    Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes

    Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,

    Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,

    Tourbillonner, danser une danse sonore,

    Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !

    On s’éveillait matin, on se levait joyeux,

    La lèvre affriandée en se frottant les yeux…

    On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

    Les yeux tout rayonnants comme aux grands jours de fête,

    Et les petits pieds nus effleurant le plancher,

    Aux portes des parents tout doucement toucher…

    On entrait !... Puis alors les souhaits…en chemise,

    Les baisers répétés, et la gaieté permise !

     

    Arthur-R.jpegSource : Arthur RIMBAUD — Œuvres, vers et proses (Paris, Mercure de France éditeur, 1912)

    Pour (re)découvrir Arthur RIMBAUD, suivez ce lien —

    http://www.mag4.net/Rimbaud/Biographie.html

    §§§

    Étrennes : un hommage à la déesse Strenua

    Roi-Tatius.jpegLe mot étrennes procèderait du nom de la déesse Strenua qui personnifiait la force. Un bois voisin de Rome lui était consacré. On raconte que le roi sabin Tatius recevait chaque année, au commencement de janvier, des branches d’arbres cueillies dans le bois consacré à Strenua. Ces présents s’appelaient Étrennes, du nom de la déesse. Cette légende n’est rien moins que certaine, bien que les poètes l’aient colportée.

    Que les étrennes aient été données en l’honneur de la déesse Strenua ou qu’elles aient été offertes aux hommes courageux — en latin viris strenuis —, le fait est que cette coutume s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Sous les empereurs romains, on donnait des stips, — petites pièces de monnaie en cuivre —, des dattes couvertes d’une pellicule d’or, des figues, des rayons de miel, qui veulent dire à celui qui les reçoit : que l’année soit pour vous aussi douce que le fruit du dattier ou le suc de l’abeille ! Non seulement les amis échangeaient entre eux ces présents, mais chaque romain offrait des étrennes à l’empereur. Selon une légende qui a la vie dure, les empereurs rendaient avec usure les présents qu’ils avaient reçus. Auguste, paraît-il, rendait une valeur égale à celle qui lui avait été offerte. Tibère donnait à chacun quatre fois la valeur de l’étrenne qu’il avait apportée.

    Les étrennes, bien que défendues par les Pères de l’Église, ont subsisté de tout temps. Les Gaulois, nos aïeux, faisaient couper par leurs druides, au commencement de chaque année, le gui sacré suspendu aux chênes vénérés. Ce gui, dont l’éternelle verdure était le symbole de la puissance qui féconde, fut cueilli et offert par les Gaulois longtemps après la disparition des coutumes druidiques. Les enfants demandaient des étrennes en criant : « Au gui l’an neuf ! », c’est-à-dire : du gui pour l’année nouvelle !

    Source : LÉVY (Albert) — La légende des mois (Paris, Librairie Hachette et Cie, 1879)

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