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MOT VIRAL 04

Explorons un nouveau mot viral, agaçant comme il se doit, qui réalise l’exploit de ne pas figurer dans cette phrase. Preuve que la langue écrite nous invite un peu plus à réfléchir…

Du.coup-A.jpegTantôt elle amuse, tantôt elle exaspère. Tantôt elle a un brin de pertinence, tantôt elle cède à la facilité. La locution « du coup » sert de béquille aux babillages, au rythme de conversations aussi bancales que futiles.

Est-ce une contagion, une épidémie, une invasion ? Les esprits légers la mettent sur le compte de la mode. Les puristes la rangent parmi les barbarismes signant la décadence de la langue de Molière. Inutile de trancher : rien n’explique ce virus sémantique. Et les paris restent ouverts. Combien de fois, par jour, entendons-nous cette locution ?

COMPULSIF ?

La locution du coup sert-elle à introduire un propos,  à clore une démonstration, à ébaucher une conclusion ? Ces questions rhétoriques sont sans aucun doute trop subtiles pour celles et ceux qui se laissent aller à la paresse de l’approximation.

D’où vient ce tic idiomatique aussi addictif que compulsif ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que le point de vue des experts ne fait rien à l’affaire.

À les en croire, il existerait un « du coup », conforme, licite, académique, signifiant « en conséquence de quoi ». Façon assez logique de suggérer l’existence d’un lien de causalité.

Sévirait par ailleurs un « du coup » indésirable, insensé, inopportun, tenant le rôle de l’adverbe « alors ». Mais le bon usage serait lui-même redondant. Essayez d’introduire chacune de vos phrases par « alors ». Et vous passerez vite pour un gentil demeuré.

Avec « du coup », assurément, vous êtes dans l’air du temps. C’est branché, c’est cool, c’est tendance de semer partout « du coup ». Et peut-être même que cela « fait genre » dans des cercles peu regardants, plus ou moins genrés.

Toujours est-il que l’Académie française a tranché. Même pour signifier « par conséquent » ou « de fait », la locution épizootique s’avère incorrecte. Selon les sages du Quai Conti, « du coup » doit exclusivement caractériser « une cause agissant brusquement ». « Du coup » serait synonyme de « aussitôt », et rien d’autre.

 

 IMMUNODÉPRESSIF ?

Hélas, cette savante sentence ne nous livre pas le vaccin pour en finir avec ce barbarisme si contagieux. Seul antidote, empirique et humoristique, il conviendrait d’interrompre « aussitôt » le disciple de la locution virale pour l’interroger sur le vif.

« Du coup », certes. Mais « du coup » de quoi ?

Coup de balai, coup de bol, coup de boule, coup de blues, coup de calcaire, coup de ceinture, coup de chaleur, coup de chapeau, coup de cœur, coup de collier, coup de coude, coup de couteau, coup d’œil, coup de fatigue, coup de fil, coup de folie, coup de frein, coup de foudre, coup de froid, coup de fusil, coup de gel, coup de grâce, coup de griffe, coup de gueule,  coup de Jarnac, coup du lapin, coup de la loi, coup de maître, coup de main, coup de massue, coup de marteau, coup de mou, coup de peigne, coup de pieds, coup de pinceau, coup de poignard, coup de pot, coup de pouce, coup de pub, coup de pute, coup de rein, coup du sort, coup de tête, coup de théâtre, coup de tonnerre, coup de trique, coup de trop, coup de vent, coup de vieux, etc. ?

La liste est assez longue pour soigner à vie l’obsédé « du coup ». Mais sans doute pas assez pour atteindre l’immunité collective. Du coup, une piqûre de rappel sera sans doute nécessaire.

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