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Mon humble avis - Page 3

  • NOSTAL-ZIK N°09

    Le bonheur, nouveau bien de consommation ?

    Elixir-.jpgSuspecte serait la nostalgie, à vouloir trop décliner le bonheur au passé. Parce qu’il n’appartiendrait qu’à nous de l’inventer, le bonheur ne se conjugue qu’au présent, nous expliquent des experts auto-proclamés en méditation.

    Le bonheur, un « Carpe diem » tarte à la crème ? 

    Soit, n’allons pas désespérer celles et ceux qui recherchent les clefs du bonheur dans les ouvrages et revues aux titres racoleurs. Chacun et chacune sont libres, ici-bas, de s’acheter un bout de sérénité à petit prix… et à moindres coups pour le moral.

    Que ce créneau éditorial soit mercantile ou prophylactique, reconnaissons qu’il existe bel et bien, le marché juteux du bonheur en kit. Assez de quoi panser les bobos existentiels de nos amis bobos perclus d’états d’âme.

    Alors nos experts, — immergés dans les ressources insoupçonnées de la « pleine conscience » — nous racontent que seul le présent serait source d’épanouissement. Dès lors, il conviendrait d’oublier le passé, trop stérile et envahissant, et faire abstraction du futur, trop incertain et anxiogène. Le bonheur ne serait saisissable qu’au présent de l’indicatif.

    Youpi ! Et tant pis si cette consommation frénétique d’états de grâce ouvre la porte à la dictature de l’instantané et du futile… Version fort mal digérée du « Carpe diem » tarte à la crème. Et tant pis pour les latinistes pointilleux ! Dommage que nos experts aient perdu le sens originel de cette locution du poète Horace, sans rapport aucun avec le sens commun. Qu’importe l’héritage philosophique des stoïciens. L’objectif n’est pas d’instruire les esprits, encore moins de les structurer, mais de les anesthésier pour les rendre heur-reux ! Si vous n’avez rien compris, il n’est pas trop tard pour consulter.

    Le bonheur, un espace temporel à conquérir ?

    Nos experts nous assurent que les ressources de notre intériorité — le lâcher-prise et le repli sur soi — suffiraient à nous prémunir des émotions négatives. L’ouverture aux autres et le partage deviendraient des comportements accessoires ou subsidiaires. Côté zénitude, « je pense à moi, en restant à côté des autres » serait plus performant, plus rassurant surtout, que « je pense aux autres plutôt qu’à moi ». Le bonheur serait-il un concentré de narcissisme, de nombrilisme et d’hédonisme ? Si vous n’avez toujours pas compris, il serait prudent de consulter.

    Nos experts savent surtout jongler avec une rhétorique ciselée du bien-être bisounours pour nous faire croire que le bonheur ne dépend que de nous. Libre à nous de nous inventer le bonheur comme une aspiration, comme un idéal ou comme un objectif. Tel un espace temporel à conquérir.

    Pourtant, autant que la vie nous l’a enseigné, le bonheur n’est-il pas une émotion éphémère — tantôt construite, tantôt fortuite — ? Une bulle évanescente qui réagit à des facteurs extérieurs irrépressibles : l’ambiance plus ou moins agréable de notre environnement et la présence plus ou moins désirable d’autrui ? Si cette vérité vous dérange ou vous attriste, il serait urgent de consulter. Nos prophètes du bonheur sauront, mieux que tout autre praticien, vous donner le seul conseil salutaire qui vaille : acheter leur livre pour « devenir heureux ».

    Mais n’allez surtout pas voir le mal là où il n’est pas : qui vous dit que le bonheur s’achète ?


    "N'ayez pas peur du bonheur : il n'existe pas, ni ici, ni ailleurs..." 

     

     

  • NOSTAL-ZIK N°07

    Puisque la nostalgie aime les belles mélodies, ne résistons pas au plaisir d’écouter Maxime Le Forestier nous raconter « Les jours meilleurs », ceux que l’on aime regarder dans le rétroviseur, ou mieux encore : ceux qu’on espère voir bien vite arriver lorsque le présent n’apporte rien d’affriolant.

    De toute évidence, cultiver l’espérance sera toujours plus enchanteur que ruminer le passé, même s’il est tentant, sous prétexte d’examen de conscience, de se laisser aller à « entendre gémir les cœurs des si jamais su, si jamais pu et si j’avais eu moins peur. »

    Ainsi mis en musique, ces mots prennent soudain une résonance si particulière, — un sens si dérisoire aussi —, que nous n’avons vraiment plus envie de réveiller regrets ou remords. Tout simplement parce qu’ils sont devant nous, les jours meilleurs !

     

    « Les jours meilleurs », à quatre guitares.

    Maxime Le Forestier, Jean-Félix Lalanne, Manu Galvin et Michel Haumont — Paris, 30 mars 2002

  • NOSTAL-ZIK N°06

    En image comme en musique, la nostalgie n’aurait-elle d’autre génie que d’embellir le passé ? La question nous caresse l’esprit… et l’oreille en écoutant Bourvil chanter Joli mois de mai.

    Une mélodie hawaïenne, quelque peu incongrue, se mêle à l’ambiance glauque d’un bistro de coin de rue. Et pourtant la magie opère. Avec un talent incomparable, Bourvil prend la posture du « gentil franchouillard au cœur tendre », à l’air désabusé, brin de muguet dans la main droite et verre de vin dans la main gauche. Comme si le réconfort baladait son refrain d’une main à l’autre, à la seule idée que « le joli mois de mai connaît tant de choses puisqu’il fait naître les roses… »

    Autre temps, autre mœurs : cette chansonnette paraîtra bien niaise, aujourd’hui, à nos générations Y et Z qui aiment tant cultiver la dérision. Admettons que le charme des chansons de jadis peine à survivre à leur époque quand bien même cherchent-elles à la magnifier. Raison de plus pour les écouter : ne nous donnent-elles pas envie de partir explorer les émotions et les rêves qui trottaient dans la tête de nos parents et grands-parents ? Inépuisable trésor de la nostalgie que ce voyage dans le temps, sans oublier pour autant de savourer les belles surprises du présent