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BAS LES MASQUES ! (1/7)

Masque.jpegFin 2019, au moment d’échanger nos vœux, qui aurait pu croire qu’un accessoire chirurgical s’imposerait en accoutrement normatif de la vie quotidienne ? Ainsi va le masque, censé protéger, nous-mêmes et notre prochain, d’un virus millésimé : Covid-19.

Outre sa fonction sanitaire, que signifie-t-il, le masque ? En littérature, comme dans notre culture populaire, porter un masque ne fait pas bonne figure. À tout le moins, il n’inspire guère confiance. En dépit de son bien-fondé, il est de mauvais augure. Rien de tel pour nourrir l’imagination. Rien de mieux pour le mettre en scène dans une nouvelle contemporaine où le masque conquiert quelques lettres de noblesse, parmi tous les soupçons qui l’accablent.

Là où la fiction vient soudain nous rassurer… Et nous convaincre de porter le masque !

Une nouvelle inédite en sept épisodes à savourer, dès aujourd’hui, dans notre confinement confiné-douillet.

ÉPISODE 1 — Le masque inspire.

Mi-août + Covid = caisse vide. C’est la plaisanterie du mois au Leclerc de Volvic. J’écris ces lignes dans mon carnet de nouvelles que j’inaugure aujourd’hui, histoire de tuer l’ennui, clouée sur le siège de la caisse 4 à attendre le client. Il me plaît ce job d’été, même avec un masque sur le nez. Quinze jours déjà que je découvre le métier d’hôtesse de caisse. Grâce à Josette, ma collègue du jeudi, j’ai assimilé « les bonnes pratiques », comme elle dit : le petit mot d’accueil, le contrôle des cabas, l’usage du tapis roulant, le bon rythme pour scanner les articles, les divers codes pour soustraire ou annuler un achat, l’édition des tickets d’achat, le protocole de facturation, la gestion de caisse, le au-revoir et merci pas trop mécanique. Autant de consignes simples qui appellent une succession de gestes bien ordonnés. Entre concentration et précision, ces automatismes ne déplaisent pas à mon cerveau, trop coutumier des concepts savants qu’il manie toute l’année à la faculté de Lettres. Mais je m’interroge chaque jour : suis-je une philosophe faisant office de caissière ou une caissière disciple de la philosophie ? C’est le spectacle du masque qui m’inspire cette question étrange. Assez de situations cocasses pour l’étayer tant je suis aux premières loges dans ce laboratoire social grandeur nature que propose la clientèle, fût-elle éparse, d’un hypermarché soumis à la dictature hygiéniste du « masque pour tous »

Le temps d’un regard furtif, dès que des clients se présentent à ma caisse, j’observe, je scrute, j’explore tout ce que m’inspirent ces visages bâillonnés, camouflés, muselés. Et je l’écris dans mon carnet, en guise de récréation lors de la pause. Grande pose au gré de cette petite pause. J’aligne des mots. Je griffonne des phrases. Je couche des citations de circonstance. Sur le vif, j’en oublie la ponctuation. Autant d’impressions, de sentiments, de sensations que j’ai peur de laisser filer. Vite je les écris. Et je me surprends parfois à rire toute seule. Quand je referme mon carnet, la même pensée me trotte dans la tête :  l’Académie française ne reconnaît pas le verbe « spontaner », verbe transitif du premier groupe. Elle a tort. Parce que moi, je spontane tous les jours.

JG

(À SUIVRE)

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